home @


Chocolat

La conférence-spectacle sur le clown « Chocolat » qui a été créée à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration en mars 2009, sera présentée, en partenariat avec CECILLE, mercredi 19 octobre à 17h30 - Lille 3 - Bâtiment A (entrée libre dans la mesure des places disponibles).

Présentation

Le spectacle débute par une conférence de l’historien Gérard Noiriel. Il commence par présenter une vision panoramique de l’histoire des discriminations. Mais son propos est soudain « perturbé », stimulé, détourné, retourné par l’intervention du clown Chocolat. L’histoire savante de l’historien et ainsi complétée par l’histoire vécue de Rafael. Cet orphelin, né à Cuba en 1864, esclave dans son enfance, vendu à un riche propriétaire portugais, a connu finalement la gloire en France à la fin du XIXe siècle, grâce au célèbre numéro qu’il présentait au Nouveau Cirque avec son compère Foottit. Foottit et Chocolat ont inventé une forme de duo entre le clown blanc et l’Auguste qui va marquer profondément l’histoire des clowns, mais dont on a oublié aujourd’hui la dimension raciale. Le succès tient au fait que le clown noir est toujours ridicule, humilié par le clown blanc. Dans ce spectacle, Chocolat reproduit sur la scène le numéro qui faisait rire tous les Français des années 1890-1900 et un montage audio-visuel permet de montrer des images d’époque de ce duo filmé par le cinéma muet (c’est l’un des premiers films des frères Lumière). Fictions et réalité historiques se télescopent ainsi au gré des images d’archives et des propos de l’historien et du comédien.

Cette scénographie a pour fonction d’inciter les spectateurs à s’interroger sur l’histoire des stéréotypes et des préjugés de couleur. La façon dont Foottit, le clown blanc, traite Chocolat choque profondément aujourd’hui notre sens de l’humanité, alors qu’elle provoquait le rire des Français de la Belle Epoque. Ce constat permettra d’ouvrir une réflexion sur l’évolution des représentations depuis un siècle, et sur les formes actuelles d’humiliation des autres.

Le propos du spectacle, empreint à la fois d’humour et de gravité, conjugue la connaissance et l’émotion, l’analyse et le témoignage. C’est l’occasion de rappeler qu’il existe toujours deux façons de raconter l’histoire : l’histoire savante des chercheurs et la mémoire des acteurs. Le public est incité à s’identifier aux malheurs du clown Chocolat, mais en même temps il est conduit à s’en distancier, pour éviter de sombrer dans le mélodrame et d’alimenter une vision du monde peuplée de victimes et de coupables. Les souvenirs de Chocolat et l’analyse de l’historien mettent en évidence les ressources que peuvent mobiliser les personnes stigmatisées afin de rompre avec le statut de victimes et devenir des acteurs de leur propre vie.

Ce spectacle est aussi une occasion, chemin faisant, d’enrichir la mémoire collective sur les questions de l’esclavage, de la colonisation et de l’immigration. A partir de l’histoire véridique de Rafael, on rend hommage au rôle essentiel qu’ont joué les artistes issus de toutes ces immigrations dans le développement du spectacle vivant en France.

Chaque représentation est suivie d’une discussion en présence de l’historien et des artistes