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Parution : « Les nouvelles formes de mobilisations raciales aux États-Unis », Politique américaine no. 28

La revue "Politique Américaine", qui est dorénavant classée par le HCERES comme revue de "rang A" en science politique (revue à comité de lecture), publie son numéro 28, qui comprend un dossier dirigé par Audrey Célestine et Nicolas Martin-Breteau sur "Les nouvelles formes de mobilisations raciales aux Etats-Unis".

Sites de la revue : chez Harmattan ; sur CAIRN

Pages du numéro : chez Harmattan ; sur CAIRN

Éditorial - Alexandra de Hoop Scheffer (German Marshall Fund of the United States) et François Vergniolle de Chantal (Université Paris Diderot).

Introduction. Minorités ethno-raciales et politisation aux Etats-Unis : questions anciennes, enjeux récents - Audrey Célestine et Nicolas Martin-Breteau.

« Un mouvement, pas un moment » : Black Lives Matter et la reconfiguration des luttes minoritaires à l’ère Obama - Audrey Célestine et Nicolas Martin-Breteau (Lille 3).

Depuis quelques années, Black Lives Matter a émergé comme un mouvement social de grande ampleur cherchant à exposer et à renverser les différentes formes de violence sociale à l’égard des minorités raciales aux États-Unis. Black Lives Matter semble original à plusieurs titres. D’abord, ce mouvement encore en formation est dirigé par une nouvelle génération d’activistes dont beaucoup – comme les personnes LGBTQ – furent traditionnellement exclu.e.s des mobilisations politiques africaines-américaines. Ensuite, le mouvement n’est pas verticalement structuré mais incorpore diverses organisations dans un réseau horizontal permettant une dissémination de voix nouvelles. Enfin, le mouvement rejette un certain nombre de tactiques traditionnelles pour en explorer de nouvelles afin de rendre visible la crise raciale multiforme travaillant la société américaine aujourd’hui.

Frontières du politique : la pratique pétitionnaire sur une réserve indienne (1880-1980) - Thomas Grillot (Chargé de recherche, CNRS/EHESS, UMR 8168 Mondes Américains).

En examinant 120 pétitions signées au cours d’un siècle par les habitants indiens de la réserve sioux (dakota/lakota) de Standing Rock, on propose ici une interprétation sur la longue durée des modes de politisation d’une population colonisée. Le corpus, concentré dans la période antérieure à la Seconde Guerre mondiale, permet d’évaluer la mise en place, la remise en cause, et la reproduction d’un espace politique local structuré par la relation coloniale entre habitants de la réserve, colons et État américain. Entre 1880 et 1980, cet espace, marqué par la stigmatisation des mobilisations indiennes, puis par leur normalisation partielle et sélective, est le lieu d’apprentissages de compétences rédactionnelles, argumentatives et organisationnelles, qui modèlent la vie politique des groupes de la réserve. La pétition, ou plutôt l’acte pétitionnaire, est un révélateur de l’existence de cet espace politique, mais également un des agents de sa transformation. Envisagé, dans la lignée d’une histoire sociale de la mobilisation, comme un indicateur de politisation, l’acte pétitionnaire permet en outre d’approcher de la signification de l’activité politique pour ceux qui le pratiquent. La pétition, forme d’engagement peu exigeante, oscillant entre apolitisme et politisation, révèle ainsi le rapport ambivalent des habitants de la réserve à la politique.

Masque indien, identité noire : l’usage politique des rituels afro-indiens par la classe ouvrière afro-américaine de La Nouvelle-Orléans - Aurélie Godet (Université Paris Diderot).

Cet article se propose d’étudier l’héritage du binarisme racial à La Nouvelle-Orléans au travers des parades festives des Mardi Gras Indians, rituel folklorique spécifique à la ville, même si on en trouve des échos dans l’aire caraïbe et sud-américaine. Prenant acte de la longue histoire du « playing Indian » (Philip Deloria) aux États-Unis, il envisage dans un premier temps les processions organisées par ces tribus fictives d’« Indiens noirs » comme une porte dérobée vers un ailleurs racial, comme l’« invention d’une tradition » (Eric Hobsbawm) et comme l’exercice du « droit à être un autre » (Mikhaïl Bakhtine). Ces mêmes défilés, ainsi que les six à neuf mois de préparatifs qui les précèdent, sont ensuite réinterprétés comme l’expression « infra-politique » (James C. Scott) d’une identité noire conquérante et autonome, qui se rit des règles instaurées par l’élite politique et économique blanche de La Nouvelle-Orléans dans le but de canaliser l’esprit festif et marginaliser les pratiques culturelles populaires afro-américaines. Enfin, cet article revient sur la trêve conclue en 2011 entre la municipalité blanche de La Nouvelle-Orléans et les Mardi Gras Indians afin d’en démêler les implications en termes de relations de pouvoir depuis le passage de l’ouragan Katrina.

Race, ethnicité et concurrence interminorités : le cas des rivalités politiques entre Africains-Américains et Latinos dans la ville de Compton (Californie) - Yohann Le Moigne (Université d’Angers). La ville de Compton, une banlieue pauvre de Los Angeles, a connu d’importantes transformations démographiques au cours des dernières décennies. Entre 1980 et 2010, le pourcentage d’Africains-Américains dans la population de la ville a chuté de 75 % à 34 % tandis que celui des Latinos augmentait de 21 % à 65 %. Pourtant, alors que les Latinos constituent une proportion importante de la population locale depuis les années 1980, la classe politique africaine-américaine contrôle sans partage la politique locale depuis maintenant plus de quarante ans, ce qui constitue une source importante de tensions entre les deux groupes. Cet article vise à analyser les causes du développement de cette concurrence et les mécanismes ayant contribué au maintien d’une telle domination politique africaine-américaine en dépit de changements démographiques profonds.

Entretien avec Robin D. G. Kelley (UCLA) : penser la continuité des luttes pour l’égalité raciale - réalisé par Nicolas Martin-Breteau (Lille 3).

VARIA - Un système sous pression : Les partis politiques et l’investiture présidentielle aux États-Unis en 2016 - David Karol (Université du Maryland). J’explore ici la dynamique des nominations présidentielles aux États-Unis, plus particulièrement les campagnes insolites de 2016. Malgré certaines réformes effectuées par le passé et servant à habiliter les électeurs, les élites partisanes semblaient avoir repris le contrôle du processus d’investiture. Certaines campagnes récentes ont cependant remis ce contrôle en question, la nomination de Donald Trump offrant l’exemple le plus spectaculaire de changements s’opérant au sein du processus d’investiture. Nous analysons les tendances qui ont affaibli les élites partisanes chez les démocrates comme chez les républicains, mais nous suggérons néanmoins que le succès de Trump demeure anormal, étant le résultat de la convergence de facteurs différents qui ne sont pas de nature à se reproduire. La campagne de Bernie Sanders est plus représentative des tendances en train de dynamiser les candidats minoritaires, quoique le choix de l’élite démocratique, Hillary Clinton, ait finalement prévalu.

Compte-rendu d’ouvrages (section dirigée par Alix Meyer, Université de Bourgogne).
- Richard L. Hasen, Plutocrats United, New Haven & London, Yale University Press, 2016, 235 p. avec index.
- Marc Chaux, Les vice-présidents des États-Unis des origines à nos jours : Les délaissés de l’histoire américaine, Paris, L’Harmattan, 2015, 360 p. avec index.
- Jean-Christian Vinel (dir.), La grève en exil ? Syndicalisme et démocratie aux États-Unis et en Europe de l’Ouest (XIXe-XXIe siècles), Nancy, Arbre Bleu éditions, 2014, 254 p.