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JE James Joyce dans les Suds

Journée d’études

James Joyce dans les Suds

18 mars 2014 de 09h30 à 16h Lille3 - Bâtiment F - Salle F0 13

Entrée libre

Les Suds lisent avec passion l’oeuvre de James Joyce, l’Irlandais devenu un jour Giacomo Joyce (édité par Richard Ellmann en 1968). Joyce a traversé l’espace ou plutôt a procédé à une superposition spatiale, irlandaise et grecque au départ, faisant advenir encore une fois la création de personne (outis), une présence-absence fondamentale pour clôturer le temps et impulser le mouvement. Il s’agissait de l’élaboration des modalités heuristiques où passé et présent, centre et périphérie fusionnent afin de permettre une expérience différente de l’Histoire contemporaine, une méthode mythique qui remplace la méthode narrative d’après T. S. Eliot. Dès la publication à Paris de l’Ulysse (1922), au-delà des échos immédiats dans une Galice au regard politique tourné vers l’Irlande, les revues littéraires hispaniques importantes de l’époque, telles Revista de Occidente (Espagne) ou Proa (Argentine) rendent compte de l’aspect révolutionnaire de cette création romanesque. Pour exemple, à Buenos Aires, le jeune Jorge Luis Borges exprime son illusion heureuse d’être le premier aventurier hispanique à approcher le livre de Joyce - dans une course vers une « nouvelle terre » où, pour ce qui est de la traduction du texte irlandais, il se fait proprement doubler par un inconnu (José Salas Subirat, dont la version fera connaître l’Odyssée dublinoise dans les pays de langue espagnole durant plusieurs décennies). Or l’écrivain argentin appréciera beaucoup moins le Finnegans Wake - livre monstre déroutant, réputé illisible et intraduisible à cause des passages infinis des frontières linguistiques, Babel qui écrase les traces d’appartenances culturelles (entre 1921 et 1939, à la veille d’une guerre européenne féroce entre nationalismes). Dans un article sur William Defoe, Joyce avait déjà présenté une critique virulente du lien entre la culture et l’impérialisme. Joyce est le premier qui, dans le sillon de Marx, voit en Robinson Crusoé le « véritable symbole de la conquête britannique », le « prototype du colonisateur », tout comme Vendredi est le « symbole des races soumises ». La littérature devient clairement la dénonciation de la fabrication économique du type impérialiste anglais car elle s’occupe des restes de ce système, de ses lignes de fuite. Joyce n’a pas simplement écrit autour de ces nouvelles énergies sans abri, décentrées et exiliques. Il en a été l’une des innombrables incarnations. A partir de 1904 ; il quitte sa terre natale pour ne plus y revenir. Il devient un étranger à jamais, d’abord en Italie, puis en Suisse, enfin en France. Comme son personnage principal dans l’Ulysse, Joyce est un « nouveau-né, un pauvre immigrant étranger qui a commencé au plus bas comme passager clandestin et tente aujourd’hui de gagner honnêtement sa vie ». En plus, le texte sur Defoe a été écrit directement en italien. Joyce connaît très bien cette langue. Ses enfants, même à Paris, s’adressent encore à leurs parents en italien. L’italien n’est pas seulement la langue de l’amour familial. Le rapport de Joyce avec la culture italienne est profond. Comme le souligna Beckett déjà dans les années 30, de Dante à Giambattista Vico, en passant par Giordano Bruno, Joyce s’inspire des grands textes de la pensée italienne et son oeuvre inspirera immédiatement des grands écrivains contemporains, tel Italo Svevo. L’intérêt pour l’oeuvre joycienne, lue régulièrement par les philosophes et les poètes, semble encore s’aiguiser actuellement. Les traductions de ses oeuvres en espagnol, en italien, en grec se renouvellent, se multiplient et les professeurs, mis au défi par l’écrivain irlandais qui leur prédisait un travail exégétique de plusieurs siècles, s’attèlent régulièrement à la tâche, s’enhardissent à approcher chaque fois plus près uneterra encore dans une large mesure incognita.

Image de l’affiche mise gracieusement à disposition par l’artiste Rep, conception graphique C. Fricq