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Journée d’études : Afrique-Italie : histoires et littératures en migration (La démocratie en Italie IV)

Journée d’études : Afrique-Italie : histoires et littératures en migration (La démocratie en Italie IV)

Cette journée d’études organisée conjointement par le laboratoire CECILLE et le laboratoire IRHiS, se déroulera le Jeudi 26 mars 2015 de 9h30 à 16h30, Lille 3, Bâtiment A, Salle IRHiS (A1.152)

Il est terrible de vivre, de penser, d’écrire aujourd’hui avec une mentalité du XIXème siècle, lorsque la littérature, comme nous l’avait enseigné le romantisme, incarnait l’identité d’une nation et négligeait une dimension internationale, ou plus précisément l’interdépendance humaine mondiale que la globalisation met enfin définitivement en acte. Il est nécessaire de forger une conscience – littéraire, philosophique, pédagogique aussi – sur la base des nouvelles dimensions spatiales que nous vivons. Autrement dit, nous nous posons cette question : la littérature peut-elle quitter notre monde familier et tranquille, ces frontières linguistiques et identitaires, notre langue maternelle, et occuper la nouvelle terre globale ?

Être à la hauteur de la globalisation ce n’est pas proclamer l’« idée » littéraire du monde, selon le modèle proposé par Goethe avec sa Weltliteratur, ou plus récemment par les tenants de la World literature. Ce serait encore être idéalistes, imaginer une « totalité » abstraite du réel. Il est nécessaire, au contraire, d’articuler le territoire et l’universel. Un territoire non identitaire, qui se configure, tout de suite, comme étant étranger, capable à la fois de faire fonctionner son potentiel de destitution à l’égard de la totalité-monde (en clair, de l’impérialisme) et de revendiquer son effet de liberté conçue comme un devenir multiple. Réécrire l’universalisme, la littérature mondiale sur la base de la différence, de la singularité, dépasser l’universalisme totalisant qui vise la neutralisation de la pluralité et des différences et, en même temps, combattre une politique et une littérature de la différence, vues dans une perspective purement identitaire et locale. Tout cela pourrait constituer un programme pour une littérature à la hauteur de la globalisation.

Stuart Hall parle d’identités diasporiques, d’identités qui ne cessent de produire ou de se reproduire à travers l’hybridité. Les migrations impliquent une « nouvelle ethnicité », la construction de la subjectivité ne relève plus de la nation, de la race, ou de la couleur de la peau, mais de l’histoire, de la culture, de la politique. Alors, l’étranger ne se pose plus la question de savoir s’il est noir ou européen (c’est surtout le pouvoir qui le renvoie à sa soi-disant essence, comme il advient à K. chez Kafka). Il échappe à la logique binaire, à l’opposition mutuelle ou bien/ou bien (étranger ou bien intégré, assimilé) : il faut refuser le « ou » parce qu’il faut saisir toute la potentialité d’un « et ». Cette journée est construite autour de l’oeuvre de deux écrivains migrants, nés en Afrique, partis en Europe, vivant en Italie et écrivant en italien. Ils réalisent chaque jour une littérature à la hauteur de la globalisation.

Kossi Komla Ebri http://www.kossi-komlaebri.net/

Cheikh Tidiane Gaye http://www.cheikhtidianegaye.com/

N.B. Toutes les communications seront en français

Organisation : Luca Salza, Fanny Eouzan et Mélanie Traversier

Programme : Cf doc joint