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Journées d’études : Culture de masse, culture visuelle

Journées d’études dans le cadre du séminaire doctoral de spécialité Les Amériques :

Culture de masse, culture visuelle

Vendredi 10 avril 2015 de 9h30 à 17h00 à l’Université Lille 3, Maison de la Recherche, salle F1.07

A l’inverse de la culture populaire qui implique, du moins dans le champ théorique étatsunien, une certaine altérité par rapport à la culture dominante (la culture populaire est une culture qui vient d’ « en-bas »), la culture de masse, comme son nom l’indique, se présente comme potentiellement hégémonique.

On peut aborder la question de la culture de masse à partir de la théorie critique de la société (Ecole de Francfort) ; cette approche dialectique qui fait de la raison un outil de libération mais aussi un instrument de domination est particulièrement adaptée à cet objet ambivalent qu’est la culture. Si Walter Benjamin, malgré sa nostalgie pour le caractère sacré de l’œuvre d’art, ne peut s’empêcher de rendre justice au potentiel démocratique de la reproduction et de la diffusion de masse des productions culturelles, notamment visuelles, rendue possible par la technologie, ses confrères de l’Ecole de Francfort voient dans ce qu’ils appellent l’industrie culturelle une composante de la société de consommation, et à ce titre ils la dénoncent comme idéologique (Adorno). A la suite de l’Ecole de Frankfort, les critiques Modernistes étatsuniens montrent que le rapport entre la « culture savante » et la culture de masse est vampirique : la culture de masse récupère, digère et draine de tout potentiel subversif les productions artistiques. C’est ainsi que l’avant-garde est transformée en kitsch (Clement Greenberg). Plus grave, alors que la culture populaire peut être envisagée comme produite localement pour répondre à des besoins locaux, la culture de masse est une homogénéisation imposée d’en haut et d’ailleurs, selon des motivations à la fois idéologiques et commerciales. Elle contribue ainsi à effacer la culture populaire, dont elle prend la place.

Les cultural studies de l’École de Birmingham relativisent ce sombre tableau ; refusant l’élitisme des Modernistes, cette approche théorique postmoderne s’attaque à la distinction entre la réalité et ses représentations pour mettre en exergue la réception : comment par exemple les médias façonnent et entretiennent les catégories sociales (genre, classe, appartenance ethnique…) mais aussi et surtout comment la réception n’est pas ce qu’on pourrait appeler une « réception de masse » mais une réponse différenciée et subtile aux productions culturelles (Stuart Hall), bien loin de la passivité du public supposée par la théorie critique héritée de l’Ecole de Francfort. C’est ainsi que dans les années 1990, avec le « Tournant Pictural » (W.J. Mitchell) et l’étude de la culture visuelle, la prise en compte du potentiel social et critique de l’image vient compliquer le statut d’objet de consommation des œuvres audio-visuelles.

La JE tentera de se saisir de ces outils pour aborder de façon critique des objets à la fois multidisciplinaires (par exemple les séries télévisées vues sous l’angle de la production, ou en tant que représentations) et multiculturels (la contestation et/ou l’appropriation des modèles hégémoniques, ou l’exploitation et/ou récupération des productions innovantes des deux côtés de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique).

Organisation : Isabelle Boof-Vermesse et Antoine Rodriguez

Programme : cf doc joint