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Séminaire de l’école doctorale : Etudes européennes

Séance du 28 avril - Séminaire "Etudes européennes" : Le miroir des passions. Représentations, réception (XVIème-XVIIIème siècles)

SEMINAIRE DOCTORAL 2016-2017 Alithila/Cecille

Responsables : Camilla Maria Cederna (CECILLE), Caroline Grapa, Charles-Olivier Stiker-Métral, Marie-Claire Thomine (ALITHILA)

Le miroir des passions. Représentations, réception (XVIe-XVIIIe siècles)

Le séminaire s’inscrit dans la lignée des recherches ouvertes autour de l’enthousiasme et de la circulation des émotions de la Renaissance aux Lumières. Il porte sur les articulations de la philosophie morale et des représentations littéraires, poétiques et théâtrales des passions, et appréhende une époque où se jouent de profondes transformations dans l’analyse, l’expression et la perception des passions, à l’échelle européenne. Ces questions contribuent à la compréhension de l’individu à l’époque moderne – dans sa dimension affective, psychique, philosophico-religieuse et créatrice autant que collective, historique et politique – et comme un phénomène représentatif de l’élan qui anime cette période, dans toute son intensité. Simultanément, l’intérêt pour l’homme, et corollairement pour les manifestations corporelles et subjectives, et les développements d’une théorie des affects (initialement médicale) de moins en moins dissociable des enjeux philosophiques et moraux de la problématique des passions, fondent cet élan culturel sur une anthropologie. Le séminaire vise l’approfondissement des enjeux anthropologiques, humanistes et classiques, du vocabulaire et de la théorisation des passions, de leurs représentations littéraires, théâtrales et philosophiques et la dynamique véritablement européenne de leur circulation dans les textes, sur scène et en chaire. Les trois journées d’études proposées au printemps 2017 porteront sur les définitions et catégories travaillées dans les textes de l’époque pré-moderne, sur la représentation des passions, et leur perception, à travers l’attention particulière portée à la figure du lecteur, de l’auditeur et du spectateur. Il s’agira d’interroger les recours à la notion de passion, les formes de narrativisation propres aux représentations et aux interprétations repérables dans la pensée, les lettres et les arts en Europe. Y a-t-il une dimension spécifique du phénomène selon ces genres, domaine et contextes culturels ? Est-il possible de cartographier la variété des représentations, à travers une analyse des différentes formes de transferts culturels (traductions, reprises, adaptations) ? Quelle est l’évolution de cette réflexion au XVIIIe siècle dans la pensée, la littérature et les arts ? Qu’en est-il de l’articulation entre passions et sentiments (Stewart, 2010), entre les fondements d’une philosophie morale appuyée sur le renouvellement de la physiologie des passions, et la conception renversante de la positivité créatrice des passions ? L’enquête lexicographique montre une évolution du terme entre XVIe et XVIIIe siècles. Le sens moderne du terme commence à s’affirmer dès le XVIe siècle, en signifiant la souffrance et la passion amoureuse, comme chez Marguerite de Navarre, dans L’Heptameron. Au XVIIe siècle, Furetière fait mention d’une série détaillée d’emplois nouveaux de passion par rapport aux dictionnaires précédents. Par exemple dans le domaine grammatical, il signifierait la passivité « relatif et opposé à action ». Le terme désigne aussi l’ « agitation de l’âme », par excellence en présence de l’amour, et il peut être qualifié selon sa dimension morale, de « belle » passion, ou « sale, dérèglée, aveugle » passion, « celle qui a pour but les plaisirs corporels ». La passion rentre aussi dans le domaine de l’excès et de l’incontrôlable, dans l’individu qui en est sujet « passif ». Ainsi elle est le résultat des procédés artistiques et rhétoriques, qui à travers les arts, tels la musique, la poésie, le théâtre et la peinture, peuvent exciter et/ou apaiser cette passion dans les spectateurs. La réflexion sur les passions qui se développe de plus en plus à l’époque moderne, déclenche une série des querelles surtout en ce qui concerne le théâtre au XVIIe. Selon Pierre Nicole, « c’est un métier où des hommes et des femmes représentent des passions de haine, de colère, d’ambition, de vengeance et principalement d’amour. Il faut qu’ils les expriment le plus naturellement et le plus vivement qu’il leur est possible ; et ils ne le sauroient faire s’ils ne les excitent en quelque sorte en eux-mêmes ». La querelle sur la moralité du théâtre soulève plusieurs questions : d’où vient que le spectacle de la douleur soit au théâtre source de plaisir, et comment se fait-il que nous puissions éprouver de la compassion pour des êtres imaginaires ? Le théâtre n’était-il pas une école de mensonge par opposition à un art oratoire au service de la vérité ? Comment en fonder l’évidence afin de concilier la rhétorique des passions avec les vérités de la morale et de la raison ? (C. Gallotti) La diffusion du pathétique et des larmes est un phénomène qui concerne toute la littérature européenne au XVIIIe siècle, et qui s’explique par le rôle de plus en plus important joué par la sensibilité, qui permet à l’individu de faire coïncider sentir et savoir, raison et passion (A. Coudreuse, 1999). Nous assistons à une valorisation du pathos, du pathétique, dont l’enquête lexicographique montre la contiguïté avec d’autres termes comme émotion et enthousiasme. L’adjectif pouvant signifier à la fois, « émouvant », « touchant », « attendrissant » « intéressant » : « Le pathétique est cet enthousiasme, cette véhémence naturelle, cette peinture forte qui émeut, qui touche, qui agite le cœur de l’homme. Tout ce qui transporte l’auditeur hors de lui-même, tout ce qui captive son entendement, et subjugue sa volonté, voilà le pathétique ». Le théâtre semble être le genre le plus touché par cette vague de sentiments et de passions. Celles-ci constituant à la fois la source du spectacle et le spectacle lui-même, en ce qu’elles sont à l’origine d’une action qui est mise en scène non seulement devant les personnages, mais aussi devant des spectateurs réels. A la différence d’autres genres, comme le roman ou la peinture, le pathétique présente à la fois une stratégie de représentation (avec un style, des thèmes, des personnages, des espaces) et de communication (le théâtre, les acteurs, le jeu). Le théâtre enrichit donc la réflexion sur le pathétique « d’un ensemble de considérations liées à l’incarnation et au rôle du comédien dans la communication des émotions » (S. Marchand, 2009) Source de la manifestation de l’émotion, recherché comme objectif principal de la représentation théâtrale, le pathétique devient principe créateur.

24 mars : Pour une anthropologie des passions : de la passion à la création

28 avril : Passions et représentations

12 mai : Le miroir des passions : émotions de lecteurs/spectateurs

Quelques références bibliographiques :

• Jacques André et alii, De la passion, PUF, 1999. • Piera Aulagnier, Les destins du plaisir, PUF, 1979. • Erich Auerbah “De la passio aux passions ”, in Le culte des passions, Macula, Argo, 1998. • Remo Bodei, Géométrie des passions, PUF, 1997. • Christian Bromberger, Passions ordinaires Hachette Pluriel, 1998. • Camilla Maria Cederna, « Carlo Goldoni : le pouvoir de la passion entre Monde et Théâtre », 28 (2/2014) http://chroniquesitaliennes.univ-pa... • Anne Coudreuse, Le goût des larmes au XVIIIe siècle, Paris, PUF, 1999. • Jean Cournut, L’ordinaire de la passion, PUF, 1991. • Cecilia Gallotti, « Le voile d’honnêteté et la contagion des passions. Sur la moralité du théâtre au XVIIe siècle », http://terrain.revues.org/3085 • Algirdas Greimas et Jacques Fontanille, Sémiotique des passions, Seuil, 1991. • Georges Gusdorf Le Romantisme, 2 vol. Grande Bibliothèque Payot, 1993, réed. 2002. • Jacques Hassoun, Les passions intraitables, Aubier, 1989. • Sophie Marchand, Théâtre et pathétique au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 2009 • Gisèle Mathieu-Castellani, La Rhétorique des passions, PUF écriture, 2000. • Michel Meyer Le philosophe et les passions, Livre de poche, 1991. • Herman Parret Les passions, Mardaga 1986. • La Passion, Nouvelle revue de Psychanalyse, Gallimard, n°21, 1980. • Fabio Pellizzoni, « Passion(s), le mot et l’idée », http://www.msh-m.fr/le-numerique/ed...

https://blogterrain.hypotheses.org/... http://www.msh-m.fr/le-numerique/ed...