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Axe 1 Littérature, sens et sensation

L’axe 1 travaille à la délimitation du littéraire au contact d’autres discours théoriques et d’autres pratiques artistiques. Par essence comparatistes et interculturelles, de par le fait que nous sommes spécialistes d’aires culturelles de langues anglaise, allemande, polonaise, tchèque, suédoise, russe, italienne, arabe, grecque, espagnole, portugaise, japonaise, chinoise, ..., nos activités se conçoivent de manière post-nationale dans un monde « globalisé », en d’autres termes « mondialisé » ou, si l’on veut, mondialatinisé, selon l’idée régulatrice d’une démocratie, cosmopolite, à venir (Derrida). Le dissensus comme mode de partage du sensible (Rancière, Lyotard) décrit bien notre position transversale. Partageant des langues théoriques fédératrices (comme ces noms propres l’indiquent déjà) à travers nos domaines distincts, nos activités tenteront de penser mais aussi de mettre en oeuvre de nouvelles pratiques et de nouveaux discours sur l’interculturalité, la solidarité et la créativité. Or, entendu en tant que création artistique, la littérature — qu’elle soit conçue comme mimesis au sens de Platon, au sens pré-platoniste, ou comme invention moderne — est ce qui est exclu de l’État (Platon) ou « est » la condition de possibilité de l’État (démocratique, moderne, selon Derrida et d’autres). La littérature a donc trait à la non-appartenance mais aussi à la multi-appartenance : elle est intrinsèquement interculturelle car elle est non-étatique (contraire à l’être, à la stasis), mais cosmopolite (Spivak, Hall, Glissant). Comme mimesis, la littérature soulève le problème de la créativité : le monde, la nature, n’existe qu’à partir de sa représentation : la créativité, c’est la créativité de la représentation ; ses fabrications, donc, s’historicisent. Comme mimesis, la littérature « est » le supplément originaire : l’altérité à l’origine de l’ipséité. L’autre vient avant le moi, la métaphysique avant l’ontologie (Lévinas), et donc la littérature implique nécessairement la solidarité : l’insuffisance du soi ou de l’identité, devant (préposition et participe présent) l’autre. D’où l’interculturalité comme multiplicité irréductible et fondatrice de l’être-au-monde.