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Le multiculturalisme à l’épreuve en Espagne

de Leila Delezenne, chercheur associée à CECILLE

Le multiculturalisme (politique et social) est apparu en Espagne alors que les autres États européens étaient déjà confrontés, à la sédentarisation des immigrations, à l’installation permanente des immigrés et à des revendications en provenance de groupes ethniques et religieux. L’environnement culturel de l’Espagne qui s’est rapidement et largement imprégné de nouveaux signes culturels participant à la configuration de la vie quotidienne des citoyens espagnols dans l’espace public ont suscité un débat. En effet, depuis plusieurs années, l’immigration en Espagne - et par voie de conséquence l’intégration des populations immigrées- fait partie des sujets les plus discutés : les Espagnols y voient l’un des problèmes majeurs auxquels ils sont confrontés, avec le chômage et l’insécurité, une triade d’inquiétudes qui favorise les amalgames et les surenchères. Nous pouvons affirmer qu’actuellement en Espagne, le mot d’intégration utilisé dans la presse, à la radio ou dans le langage courant, désigne le plus souvent la place qu’ils occupent dans la société espagnole, les politiques publiques annonçant les nouvelles dispositions juridiques quant à leurs droits et leurs obligations, le sort des immigrés et de leurs enfants ou plus généralement la place qu’ils occupent dans la société et celle que doivent y prendre leurs cultures d’origine.

De l’assimilation à l’insertion des migrants en Espagne pour un « droit à la différence » culturelle

En Espagne, c’est le concept d’assimilation qui s’est d’abord imposé : il désigne pour les démographes et les ethnologues la disparition des caractéristiques de certains groupes humains, par « incorporation » ou par « absorption » par d’autres. Les caractéristiques des groupes immigrés sont culturelles, elles les distinguent de la société d’accueil. Cependant, cette distinction culturelle parmi les populations assimilatrices s’atténue puis finit par disparaître. Comme nous l’avons dit précédemment, l’assimilation tendrait donc à désigner les processus irréversibles de perte des caractères culturels distinctifs d’une population immigrée soumise à une influence culturelle dominante. Certes, ce processus est aujourd’hui controversé, car un soupçon moral pèse sur lui. Moralement, vouloir assimiler c’est tenter de faire disparaître la culture de l’autre afin d’imposer ses propres traditions, normes et valeurs. Ce qui supposerait que le phénomène migratoire imposerait une hiérarchie implicite ou explicite des normes culturelles ? Qu’il existerait une prétendue suprématie de la société d’accueil ? Alors, le concept d’insertion, plus neutre, s’est développé en Espagne dans les années 90, afin de rompre avec les connotations colonialistes ou ethnocentristes portées par certains usages passés du terme d’assimilation. Métaphoriquement, il désigne l’introduction d’un objet particulier, qui conserve son identité et ses caractéristiques tout en contribuant à la cohérence ou à l’harmonie d’un ensemble, opération qui suppose une réversibilité du processus. L’exigence d’un « droit à la différence » pour les immigrés s’accommode bien des connotations de ce terme. Pour ce courant, toute contrainte sociale, surtout si elle est relayée par l’État apparaît suspecte, voire frappée d’illégitimité ; ce qui pose évidemment des problèmes éthiques, politiques et juridiques. Le combat idéologique contre les partisans du « droit à la différence » a donc contribué à réserver peu à peu le terme d’insertion à des mesures touchant notamment le domaine professionnel et l’aide sociale.

De l’insertion à l’intégration pour une intégration sociale et politique des migrants en Espagne

Le mot intégration, dont l’usage se développe tardivement en Espagne, à partir du début des années 2000, a d’autres connotations. En sciences sociales, le terme renvoie tant à la cohésion d’un groupe ou d’un système social qu’au rapport qu’entretiennent les individus avec lui. Il s’oppose à ségrégation. Pour Durkheim, un groupe est intégré « dans la mesure où ses membres possèdent une conscience commune, partagent les mêmes croyances et pratiques, sont en interaction les uns avec les autres et se sentent voués à des buts communs ». [1] A l’inverse des termes d’assimilation et d’insertion qui impliquent un rapport d’inégalité entre l’objet et l’ensemble, celui d’intégration introduit l’idée de réflexivité et d’interaction : l’individu intégré n’est certes plus le même, mais le groupe intégrateur lui aussi a changé. Chacun est donc concerné par ce qui fait vivre ensemble. La notion d’intégration renvoie donc de manière dialectique au groupe intégrateur et au groupe intégré. On n’est pas intégré abstraitement, on intègre ou on s’intègre à quelque chose, on ne peut parler d’intégration sans préciser à quel niveau de la réalité sociale on se situe : familial, professionnel, culturel, religieux, national, autant de formes de sociabilité et d’appartenance, autant de degrés possibles d’intégration. En fait, nous constatons que l’idée d’intégration contient deux dimensions : la première, plus objective, est faite de l’appartenance des individus à des institutions, des structures et des cadres conditionnants (dont le premier est peut-être le cadre linguistique) ; la seconde, plus subjective, est la conscience de l’existence de normes et de valeurs partagées, le sentiment d’une appartenance à un même ensemble social ou politique.

L’utilisation récente du concept d’intégration en Espagne témoigne à la fois de l’intérêt de réunir ces deux dimensions, ainsi que d’une répartition sémantique avec les termes voisins d’assimilation (qui évoque dorénavant plutôt les données culturelles) et d’insertion (qui se stabilise sur un domaine proprement social). Par intégration c’est de plus en plus la dimension nationale et politique qui est désignée. Serait intégré un individu qui, d’une part serait Espagnol, bénéficiant de tous les droits et accomplissant l’ensemble des obligations liées à la citoyenneté, et d’autre part se sentirait pleinement et se revendiquerait Espagnol. Parler d’intégration des populations immigrées serait donc évoquer leur entrée dans un ensemble politique et ce que nous développons dans la deuxième partie de ce travail. Cette décantation sémantique ne doit cependant pas être trop schématique ou simplificatrice. Il n’y a pas, bien séparés, d’un côté le culturel (l’assimilation), d’un autre le social (l’insertion), et d’un troisième le politique (l’intégration). Si ces trois pôles peuvent être distingués sur le plan conceptuel comme nous venons de le faire, dans la réalité leurs interactions sont nombreuses : ainsi, le fait d’avoir un travail et des pratiques culturelles acceptées par son voisinage, car considérées comme « normales » (au sens de conformes aux normes sociales), joue forcément dans le sentiment d’être Espagnol.

De l’intégration à l’ethnicité pour une reconstruction identitaire et culturelle chez les jeunes migrants étrangers

L’extrême variété des degrés d’assimilation, d’insertion et d’intégration des populations immigrées ou issues de l’immigration ne permet aucunement de les définir aujourd’hui, par leur « culture d’origine ». Il s’agit d’une notion à manier d’ailleurs avec beaucoup de précaution, tant les populations immigrées n’ont pas eu le plus souvent accès à la richesse de leur culture d’origine : pour certains le départ et l’exil ont interrompu le processus d’acculturation, pour beaucoup la position sociale était incompatible avec l’accès à la profondeur de leur civilisation. Renvoyer certains groupes en difficulté d’intégration à leur « culture d’origine » revient le plus souvent à les laisser face à la violence d’une dépossession : celle de leur propre tradition. C’est pourquoi l’aspiration à reconstruire une identité culturelle se développe, chez certains jeunes d’origine marocaine de la seconde génération, sur les éléments les plus inconscients d’une vague « culture » d’imprégnation, sur des bribes figées d’une tradition imparfaitement ou partiellement transmise, qui suscitent alors un attachement passionnel, voire désespéré, et fonctionnent davantage comme support d’affiliation identitaire que comme partage d’une culture vivante. C’est sur cette réalité que certains sociologues ont forgé le curieux concept d’ethnicité, comme construction identitaire d’un groupe, dans une volonté de se distinguer des autres à partir d’une origine supposée différente ; une construction qui repose souvent sur un mélange d’éléments naturels (l’apparence physique, la couleur de peau...), culturels (l’origine étrangère ou régionale, la religion, les goûts musicaux ou vestimentaires...) et proprement sociaux (la profession, les revenus, le lieu d’habitation...). Que désigne-t-on lorsqu’on parle aujourd’hui de société pluriethnique et interculturelle en Espagne ? L’Espagne est-elle devenue une société interculturelle ? Fait-on référence à l’existence d’ethnies, de cultures, au sens que les ethnologues accordent à ce concept (un groupe partageant une même langue, une même culture et une même histoire et vivant sur le même territoire) ; ou bien désigne-t-on ces bricolages identitaires qui caractérisent certains groupes de jeunes ?

Multiculturalité vs Interculturalité

Le concept de multiculturalisme a été employé dans l’ensemble des pays européens surtout à partir du milieu des années quatre-vingt. La notion d’interculturalité a été également utilisée, sans qu’une distinction nette soit toujours établie avec le concept de multiculturalisme. En effet, il n’est pas inutile d’indiquer ici que cette discussion fait appel à des notions et néologismes qui font débat entre philosophes, politologues et sociologues. De plus, comme le souligne le sociologue Michel Wieviorka, le mot « multiculturalisme » est d’un usage non seulement relativement récent mais également assez confus. [2] Les notions de multiculturalité et d’interculturalité sont des processus culturels qui traversent en permanence les sociétés humaines, en particulier les sociétés ouvertes, selon l’expression de Karl Popper, elles définissent aussi des stratégies d’organisation de la société et d’échanges entre ses membres.

Les politiques menées au nom du multiculturalisme, à partir des années 90 en Espagne tentent d’articuler une prise en compte de la diversité culturelle, religieuse, linguistique plus ou moins poussée, avec le respect du principe d’égalité entre les individus (égalité formelle, égalité de traitement et égalité des chances), et le maintien de la cohésion de l’ensemble national. Une telle articulation ne se construit pas aisément, et de multiples expérimentations nationales et locales ont vu le jour. En tant que concept et que politique, le multiculturalisme a d’abord été élaboré aux États-Unis et au Canada. Il désigne la reconnaissance institutionnelle de multiples identités culturelles, ethniques, sociales (celles des femmes, des homosexuels, des indigènes [3]) au sein d’une même société. Il reconnaît le caractère légitime de ces identités, leur capacité à se transformer, et récuse le processus de l’assimilation. Ces identités sont portées par des groupes déterminés auxquels sont attribués des droits, qui visent à garantir le respect des diverses cultures. La représentation des différents groupes est considérée comme un moyen de les inclure et d’assurer leur participation dans la communauté nationale. Le multiculturalisme s’articule avec le principe de l’égalité de droits des individus (ce qui suppose notamment que l’État reste neutre). Ceci définit le multiculturalisme politique. Il existe également des versions davantage culturelles que politiques du multiculturalisme, qui consistent essentiellement à reconnaître la diversité culturelle et à lui permettre de s’exercer. Il faut donc bien distinguer deux plans : le niveau de la réalité concrète, qui fait que l’on reconnaît comme multiculturelle une société où coexistent plusieurs cultures, et le niveau des conceptions et des politiques, où la qualification de multiculturel signifie un mode spécifique de prise en compte de la réalité multiculturelle, par l’organisation d’un système de reconnaissance et de participation. Il n’existe pas de société entièrement multiculturelle au sens politique (les États-Unis par exemple sont à la fois une société multiculturelle et assimilatrice, communautariste et contractualiste). En Europe, il existe différentes formes de multiculturalisme. Le multiculturalisme est en phase avec la tradition des piliers aux Pays-Bas, en Belgique, ou encore avec le respect du pluralisme au Royaume-Uni, l’Espagne et dans les sociétés scandinaves. Dans la plupart de ces pays, la notion de pluralisme est souvent préférée à celle de multiculturalisme. Les politiques multiculturalistes ont leurs limites qui tiennent à l’exercice même de la démocratie : comment articuler droits individuels et droits collectifs, principes universalistes et principes particularistes, politique de droit commun et traitement différencié, différence et égalité, identification à la communauté politique nationale et identification à la communauté culturelle. Leur risque majeur est l’accentuation des particularismes.

La culture, au sens des théories de l’interculturalité, constitue un construit évolutif. La culture désigne l’ensemble plus ou moins cohérent des sens produits durablement par les membres d’un groupe qui, du fait même de leur appartenance à ce groupe, sont incités à donner une lecture partagée de leurs productions, pratiques, langages…, d’où l’homogénéisation des représentations et des attitudes. Comme l’affirme Claude Clanet, l’interculturalité désigne « l’ensemble des processus — psychiques, relationnels, groupaux, institutionnels… — générés par les interactions de cultures, dans un rapport d’échanges réciproques et dans une perspective de sauvegarde d’une relative identité culturelle des partenaires en relation ». L’interculturalité (c’est-à-dire en général la communication interculturelle) implique la prise en compte de la disparité des codes culturels et la conscience des attitudes et mécanismes psychologiques suscités par l’altérité. Elle permet ou vise le respect des différences. Ces différences ne sont pas pensées en termes d’inégalité et de hiérarchie des cultures. L’interculturel vise également à connaître et comprendre ce que les hommes ont de semblable. Certains auteurs distinguent interculturalité et multiculturalisme sur ce point : là où l’interculturalité souligne la notion de partage, le multiculturalisme n’implique pas nécessairement partage. En effet, l’interculturalisme correspond au projet politique d’organiser le dialogue entre les diverses cultures représentées sur un territoire dans l’espace public tandis que le multiculturalisme correspond à celui d’organiser la reconnaissance des minorités culturelles dans l’espace public, voire à penser la société en termes d’addition de minorités. L’approche ou les projets interculturels poursuivent plusieurs types d’objectifs : acquérir une flexibilité cognitive, affective et comportementale pour pouvoir s’ajuster à des cultures nouvelles ; minimiser les conflits qui résultent de la confrontation de cultures et de religions ; rechercher des solutions à la coexistence de populations d’origines différentes ; permettre le dialogue, le partage d’expériences et le travail en commun. La compréhension et le dialogue des cultures a toujours été un objectif revendiqué par les politiques culturelles. Notons que même si la question culturelle posée implicitement par les populations issues de l’immigration est demeurée longtemps absente des préoccupations des politiques publiques, y compris celles de la culture, Malraux, dans son Musée imaginaire de la sculpture mondiale, rêvait déjà de rassembler l’art sculptural représentant toutes les époques et toutes les civilisations comme témoignages du génie humain dans son universalité et ses multiples singularités. Nous constatons que la notion d’interculturalité est maintenant plus souvent employée, dans tous les pays européens et notamment en Espagne, dans le champ de l’éducation et de la pédagogie. L’éducation interculturelle vise une instruction à l’altérité, à la diversité et à la communication dans un contexte caractérisé par le pluralisme. Quant à la gestion politique de la pluriculturalité (ou pluralisme culturel), elle relève de différences notables selon que les États nationaux promeuvent une approche multiculturaliste de leurs minorités en leur accordant une place explicite, singulière et autonome dans l’espace public, à l’instar des pays anglo-saxons, ou une approche intégrationniste comme c’est le cas en France. Les concepts « multiculturel » et « interculturel » ont été développés à travers de nombreux travaux et réalisations du Conseil de l’Europe et de l’UE, notamment dans le cadre de programmes de formation d’enseignants. La Proposition de décision-cadre du Conseil de l’Europe concernant la lutte contre le racisme et la xénophobie (28.11.2001) est introduite par cette formule : « Les sociétés européennes sont multiculturelles et multiethniques, et leur diversité est enrichissante et constructive ». Pour sa part, le Préambule de la Charte des droits fondamentaux de l’UE (2000) soutient que « l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité », et qu’elle « contribue à la préservation et au développement de ces valeurs communes dans le respect de la diversité des cultures et des traditions des peuples de l’Europe, ainsi que de l’identité nationale des États membres et de l’organisation de leurs pouvoirs publics au niveau national, régional et local ». La référence au multiculturalisme dans les textes européens ne renvoie pas à un multiculturalisme politique, au sens de la reconnaissance de droits des groupes minoritaires au sein des États-nations européens (multiculturalisme politique). Il est question essentiellement du respect des libertés individuelles, conformément aux Droits de l’Homme. Dans ces textes, on considère qu’afin que le multiculturalisme devienne véritablement une richesse, il faut instaurer une sorte d’interpénétration entre les cultures, sans gommer l’identité spécifique de chacune d’entre elles. Le multiculturel deviendrait alors interculturel.

L’article 2 de la Constitution espagnole affirme « l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols », et poursuit qu’ « elle reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre elles ». Il y a donc reconnaissance de plusieurs nationalités au sein de la nation espagnole, ce qui distingue l’Espagne de la plupart des pays d’Europe. Cette autonomie s’accompagne d’un pluralisme linguistique. Alors qu’en général, chaque pays européen a une langue officielle, avec parfois des droits accordés aux locuteurs appartenant aux minorités linguistiques, en Espagne, « le Castillan est la langue officielle de l’État. Tous les Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l’utiliser », mais dans leurs communautés autonomes respectives, les « autres langues espagnoles sont aussi officielles ». La thématique de l’interculturalité a récemment été développée en rapport à la question de la prise en compte de la diversité culturelle produite par l’immigration. La Catalogne est considérée comme un modèle en termes d’interculturalité.

Cependant, l’interculturalité reste un fait social et sa reconnaissance politique pose toujours problème. Peut-on combiner une vie sociale avec des populations de cultures différentes ? Pour ce faire, il est nécessaire de revendiquer des politiques plus actives contre les discriminations en tout genre et rechercher une nouvelle articulation entre l’identité et le politique. Associer le point de vue des minorités et celui du système politique, conçu comme démocratique. Les débats autour de l’installation des immigrants en Europe et plus spécifiquement en Espagne, ont placé au centre de la réflexion sociologique et politique les questions de l’intégration nationale et de la construction d’une unité politique d’intégration moderne dans une société de plus en plus diversifiée. Les interventions des experts ainsi que des interlocuteurs gouvernementaux ont fait ressortir clairement la nécessité de bien définir la composition du groupe visé par les mesures d’intégration (migrants) et ce que l’on entend par intégration. En effet, ces deux notions sont elles-mêmes dépendantes des politiques adoptées au niveau national en matière d’intégration. Par conséquent, en l’absence de références communes sur la signification exacte que l’on donne aux termes « migrants » et « intégration », on observe des différences dans le contenu donné à la notion d’intégration et dans l’objectif qui lui est assigné. Ces différences reflétées dans les politiques nationales donnent naissance à des « produits dérivés » de l’intégration tels que le multiculturalisme et la quasi-assimilation. Les notions d’intégration utilisées par les gouvernements varient d’un pays à l’autre mais la définition la plus susceptible de faire l’objet d’un consensus semble être celle d’égalité des chances. Bien que les pays européens aient tendance à garder leurs définitions nationales de l’ « immigré » pour des raisons pratiques, il est possible de trouver un terrain d’entente en définissant les « immigrés/minorités » comme des personnes venues de l’étranger et dont les parents et les grands-parents sont également venus de l’étranger.

Notes

[1] Émile DURKHEIM, Le suicide, étude de sociologie, Paris, PUF, 1991.

[2] Michel WIEVIORKA, « La différence », Paris, Balland, 2001. Concernant ce débat cf. également Dominique Schnapper, « La relation à l’Autre. Au coeur de la pensée sociologique », Paris, Gallimard, 1998. Il faudrait également citer ici une grande partie de l’œuvre du philosophe allemand Jürgen Habermas, ou celles des philosophes nord-américains Charles Taylor, Will Kymlicka ou Michael Walzer.

[3] A ce propos, il est intéressant de citer ici les travaux de Christian Gros et de Xavier Albó qui s’interrogent sur la montée des revendications ethniques en Amérique latine à rebours des politiques du métissage culturel promues jusque-là et sur la construction d’un Etat unitaire plurinational. ALBO, X., Identidad étnica y política, Serie Cuaderno de Investigación, La Paz, CIPCA, 2002. GROS, C., Métissages et identité. La mosaïque des populations et les nouvelles demandes ethniques, Pouvoirs n° 98, L’Amérique latine, septembre 2001, pps. 147-159.