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Rencontre avec le migrant marocain et l’autochtone sévillan- Enquêtes de terrain

de Leila Delezenne, chercheur associée à CECILLE

En seulement quelques décennies, l’Espagne est passée du statut de pays d’émigration au statut de pays d’immigration. Ce pays qui ne constituait guère une destination privilégiée mais plutôt une terre de transit, voire une étape devant conduire vers les pays d’accueil traditionnels, est devenu à partir des années 1990 une terre d’accueil pour de nombreux immigrés. De par sa proximité géographique avec le Maroc [1] , l’Andalousie est une zone très exposée à l’immigration marocaine. Cette nouvelle réalité à laquelle l’Espagne a dû se confronter a suscité de nombreux conflits sociaux engendrés par la rencontre entre l’identité et l’altérité. Cependant, constater que les migrations d’aujourd’hui signent les déséquilibres et les contradictions du monde actuel ne suffit plus. Le problème qui se pose à la fois sur le plan de l’analyse scientifique, mais aussi de la réflexion éthique est le suivant : comment construit-on une réflexion qui prenne en compte l’ensemble des réalités des nouvelles migrations, et non pas uniquement celles de l’immigration ? De quelle manière pouvons-nous aborder le sujet de l’immigration lorsque l’on s’interroge sur la façon dont l’Espagne gère l’accueil et l’intégration des étrangers présents sur son territoire et en particulier des migrants marocains installés dans la capitale andalouse ? Et enfin, comment pouvons-nous considérer le processus d’intégration et mesurer réellement l’intégration des immigrés ?

LE MIGRANT MAROCAIN

Afin d’évaluer le processus d’intégration des immigrés marocains présents dans la province de Séville, nous avons souhaité adopter une méthodologie fondée sur une double approche, quantitative et qualitative.

Une étude dite « quantitative » a été nécessaire en vue d’obtenir un état des lieux chiffré du phénomène migratoire en Espagne ainsi que dans la province de Séville. A partir de ces données, nous avons pu déduire qu’a priori, il est fortement probable qu’une proportion élevée de la population autochtone ait eu tendance à voir d’un œil défavorable, du moins dans un premier temps, le phénomène migratoire. Nous supposons que la présence d’immigrés dans des municipalités andalouses qui n’avaient encore pratiquement jamais accueilli d’immigrés jusque l’an 2000 puisse susciter des réactions ambivalentes, de peur et de rejet des migrants. Le manque d’expérience en matière d’accueil de différentes ethnies puis la présence d’immigrés de plus en plus importante sur leur territoire, relayée par certains médias qui n’ont fait qu’accentuer un sentiment d’inquiétude et de perplexité envers ce phénomène, nous amène à émettre l’hypothèse que la population andalouse ait du « s’habituer » à ce nouveau contexte social et modifier sa perception de l’Autre pour vivre en harmonie.

Cependant, ces déductions ou inductions ne peuvent en aucun cas suffire à légitimer notre travail. En effet, l’étude des phénomènes sociaux tels que l’immigration et l’intégration des migrants se réalise par le biais d’un certain nombre d’outils sociologiques qui permettent de limiter nos inductions et d’appréhender objectivement ce phénomène. Le chercheur est avant tout un être humain avec, entre autres, des sensations, des impressions et des opinions. Pour s’affranchir de cet état lors d’une recherche et dépasser l’appréciation du phénomène en terme de volume des flux, l’application de méthodes qualitatives reconnues nous permet de légitimer notre approche du phénomène social, de nous arrêter sur les expériences individuelles et la réalité sociale des immigrés marocains installés à Séville. Parmi ces méthodes qualitatives, figurent : le questionnaire, le sondage, l’observation in situ (participante ou non), l’entretien, le récit de vie, l’analyse en groupe (ou « focus group »), l’analyse de contenu, l’analyse statistique, l’analyse des réseaux sociaux, etc. Avant de nous lancer dans notre étude, nous avons pris soin de bien comparer l’une ou l’autre méthode et de choisir celle(s) qui conviendrai(en)t le mieux compte tenu de nos objectifs mais aussi de nos moyens. Après avoir exploré diverses études sociologiques qualitatives « de terrain » afin de nous fixer quelques repères sur l’élaboration d’une enquête, nous avons choisi de préparer notre propre questionnaire nous permettant de recueillir des informations sur l’avancée du processus d’intégration des marocains dans la province de Séville.

Compte tenu des contraintes inhérentes à ce type de recherche mais aussi étant seule pour la mener, nous nous sommes limitée à un échantillonnage de 12 immigrés marocains en respectant une répartition égalitaire homme-femme puisque la féminisation du mouvement migratoire de la communauté marocaine s’élève aujourd’hui à 50% en moyenne.

1) Notre rencontre avec les migrants marocains

a) Les récits de vie

Les récits de vie que nous avons recueillis peuvent être considérés par certains comme peu fiables. Nous considérons cependant dans ce travail que chaque récit de vie traduit la « vérité » d’une expérience individuelle et le « lapsus », « l’oubli », « la dissimulation », « l’exagération », « l’omission » ou encore « l’invention » doivent être pris en compte car ils sont porteurs d’une vérité personnelle (ou collective). Nous remarquons lors de ces entretiens que même si les migrants marocains partagent souvent le même point de vue sur leur situation, chaque migrant a néanmoins sa propre histoire, sa propre interprétation des évènements car il possède sa propre lecture de la réalité. Cette micro-analyse, basée sur les pratiques quotidiennes et le vécu des migrants marocains, permet véritablement de mettre en perspective les logiques d’intégration. Elle n’est certes pas représentative de tous les immigrés marocains à Séville mais nous voulions néanmoins réaliser notre propre enquête, à petite échelle, afin de vérifier si nos résultats ressembleraient à ceux des enquêtes précédemment réalisées par des groupes de recherches plus importants. Les conversations que nous avions avec chaque migrant avaient une durée approximative d’une heure. Il est vrai que nous avons rencontré quelques difficultés lors du début de chaque conversation pour mettre en confiance le migrant marocain et l’amener à s’exprimer librement sur son expérience migratoire. Avant de commencer chaque entretien, ils nous demandaient si nous faisions un reportage pour la télévision, si leurs propos pouvaient leur porter préjudice. Ainsi, nous leur précisions qu’il s’agissait uniquement d’une étude universitaire et qu’ils ne risquaient absolument rien. Au bout de quelques minutes, nous entrions dans un monde d’expériences personnelles, présentes et passées. Une importante charge émotionnelle ressortait de chaque récit, parfois des larmes, de la colère, de l’angoisse et souvent de la perplexité sur leur situation. Le langage corporel et les regards de certains migrants compensaient nos difficultés à comprendre ceux qui ne s’exprimaient pas en bon castillan.

b) Profils des migrants marocains rencontrés

Parmi les hommes, nous avons interrogé :
- Hamid (25-30 ans), célibataire, originaire de Rabat, il habite à Séville depuis 2001. Il est barman.
- Driss (35-40 ans), marié, 2 enfants, originaire de Tanger, il habite à Séville depuis 1998. Il est carreleur dans une entreprise.
- Mohamed (30-35 ans), célibataire, originaire de Nador. Il vit à Séville depuis 2003. Il est à la recherche d’un emploi. Avant, il était ouvrier dans la construction.
- Majid (20-25 ans), célibataire, originaire de Tanger. Il habite à Séville depuis 2007. Il est ouvrier dans la construction.
- Saïd (25-30 ans), célibataire, originaire de Kenitra. Il vit à Séville depuis 2003. Il travaille dans la cuisine d’un restaurant en tant que plongeur
- Hicham (25-30 ans), célibataire, originaire de Salé. Il habite à Séville depuis 2003. Il est à la recherche d’un emploi. Avant, il travaillait dans la construction. Parmi les femmes, nous avons interrogé :
- Fatima 1 (35-40 ans), mariée avec un Marocain, a deux enfants. Elle est originaire de Tanger et vit à Séville depuis 1995. Elle est cuisinière dans un restaurant.
- Fatima 2 (35-40 ans), séparée. Elle est originaire de Kenitra et vit à Séville depuis 1997. Elle est employée dans une maison en tant que femme de ménage et cuisinière.
- Hazmin (25-30 ans), célibataire. Elle est originaire de Tanger, vit à Séville depuis 2004. Elle est nourrice.
- Souad (30-35 ans), célibataire. Elle est originaire de Tanger, vit à Séville depuis 2000. Elle est femme de ménage.
- Amina (35-40 ans), mariée, deux enfants. Elle est originaire de Rabat, vit à Séville depuis 1995. Elle est femme au foyer. Dans l’ensemble, les immigrés marocains qui ont participé à nos entretiens représentaient un secteur de la population marocaine majoritairement rural, peu familiarisée avec les biens et services des grandes villes et peu exigeante dans la recherche d’un emploi et d’un logement. Les immigrés ne sachant pas encore bien parler l’espagnol reconnaissent qu’il est important d’apprendre rapidement la langue car sa méconnaissance entraîne des difficultés d’intégration. Leur condition d’immigré ajoutée au fait qu’ils ne maitrisent pas les bases de la langue réduisent leur capacité de communication avec les autochtones et génèrent des frustrations au moment d’exprimer leur sentiment, d’articuler des arguments, des explications, des justifications, des demandes et des revendications. Les entretiens que nous réalisons leur semblent être un excellent moyen d’exprimer publiquement ce qui les préoccupe, ce qu’ils pensent et ressentent, ce qui les dérange ou leur convient dans leur situation actuelle. Pour chacun, il en ressort des arguments qui consolident un souhait permanent : être écouté.

2) Les immigrés marocains face à leur propre expérience

a) L’image du pays de destination

La décision d’immigrer est précédée par la construction d’une image spécifique du pays d’accueil et des possibilités professionnelles que celui-ci peut offrir. Cette image, généralement développée à partir du récit de personnes connaissant une autre personne ayant immigré en Andalousie revêt souvent des caractéristiques plutôt positives. Le pays de destination est alors associé à un endroit où il fait bon vivre, où les conditions de vie et d’emploi sont favorables : « Tu ne sais pas ce qu’il y a, ni comme on y vit, tu as juste entendu que là-bas, on y vit bien, et voilà. » (Driss) Il semble évident que le souhait d’une partie des immigrants marocains n’est pas de sortir d’une situation considérée comme insupportable, mais plutôt d’avoir accès à des possibilités de prospérité économique. « Et les gens donnent beaucoup d’argent pour partir parce qu’ils en veulent plus, ils savent que là-bas ils pourront avoir de l’argent, une voiture, un compte bancaire, une maison…. » (Hamid). Les immigrés marocains qui reviennent l’été au Maroc reflètent parfois le symbole de la réussite et suscitent l’envie des autres Marocains. « …Les gens qui descendent de France ou d’Allemagne, ils viennent passer leurs vacances ; ils descendent en Mercedes, en BMW, avec une valise pleine de billets, avec beaucoup de cadeaux, et bien sûr… les gens de là-bas, les jeunes qui sont là te voient arriver et disent ‘ces gens, c’est sûr, ils vivent en Europe, pourquoi moi je ne pourrais pas y vivre aussi, comme eux ?’ » (Majid) Cependant, du point de vue des Marocains, l’Espagne n’est pas à proprement parler l’Europe. Elle représente plutôt pour eux une sorte de pont pour y arriver. « Ils te demandent au Maroc :’Où es-tu ?’ Tu réponds : ‘Je suis en Europe’, ‘Mais où ?’, ‘En Espagne’, ‘Mais tu n’es pas encore en Europe ?’. Vivre en Espagne ne donne pas le même prestige que de vivre dans les autres pays européens : « Quand vous voyez la voiture immatriculée en Espagne, personne n’y prête attention ; ils regardent des Pyrénées jusqu’en haut » (Saïd) Il apparaît donc que l’Espagne est, pour de nombreux Marocains qui entament leur processus migratoire, une étape temporaire qui leur ouvrira les portes de l’Europe : « Il est plus facile d’obtenir les papiers en Espagne aujourd’hui encore qu’en France » (Hicham) Même lorsque cela fait quelques années qu’ils vivent en Espagne, beaucoup d’entre eux n’abandonnent pas l’objectif de franchir la frontière nord : « Les gens disent :’ le jour où j’ai mes papiers et un peu d’argent, je m’en vais au nord où il y a plus d’argent, où la vie est meilleure, etc., où il y a les droits de l’Homme’ » (Hamid) D’après les propos que nous avons recueillis, il apparait que les migrants marocains se sentiraient mieux (socialement, professionnellement et économiquement) dans d’autres pays européens, situés plus au nord, tel que la France et l’Allemagne. Cela nous démontre que les conditions de vie en Espagne ne leur semblent pas satisfaisantes et qu’ils aspirent à une meilleure situation en vivant dans des pays qu’ils considèrent comme « riches » et « développés ». L’entrée tardive de l’Espagne en Europe, sa croissance économique récente et sa faible expérience en matière d’intégration des immigrés représentent pour les migrants marocains une différence non négligeable entre l’Espagne et les autres pays Européens. Les difficultés qu’ils rencontrent dès leur arrivée en Espagne renforcent chez certains ce sentiment de mal être et le souhait de migrer vers le nord de l’Europe dès qu’ils le pourront.

b) Les difficultés rencontrées dès leur arrivée

L’enthousiasme initial se transforme rapidement en frustration et en souffrance. Tout d’abord, il leur est très difficile de trouver un logement. A cela s’ajoutent la difficulté d’obtenir un travail qui leur permet de vivre avec un certain soulagement et les problèmes de « papiers » : « Il y a toujours des problèmes de papiers, toujours, si t’es pas un employé permanent, la police t’attrape dans la rue n’importe quand et ils t’expulsent » (Mohamed) Notons dans un premier temps l’importance de l’évolution des mentalités qui conduit à une nouvelle définition du rôle des « papiers ». Ils jouent un rôle décisif, sans papier, carte de séjour, permis de travail, il n’y aucune possibilité, ni de séjour, ni d’intégration. Ce sont les femmes qui insistent sur ce point : « Sans les papiers, tu galères. » (Fatima 1) « Quelqu’un qui vient ici et qui n’a pas de papiers ne peut pas avoir un travail, ni de maison, rien. » (Fatima 2) « Ceux qui n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas sortir dans la rue. Ils vivent cachés ! Qu’est-ce que c’est que cette vie ! Tu n’es pas libre, n’importe quand la police peut t’arrêter. » (Hazmin) Une autre facette de cette relation avec les administrations publiques espagnole est certainement le sentiment des marocains d’avoir à répondre à une autorité publique administrative hostile, qui de son côté, ne leur répond pas. La plupart des migrants marocains interrogés affirment que l’administration joue un rôle arbitraire. En effet, pour satisfaire les obligations légales, les immigrés doivent se plier à la lourdeur et à la lenteur des procédures administratives, faire plusieurs heures de queues qui débordent sur leur temps de travail et qui créent parfois des problèmes avec leurs employeurs. Leur inquiétude associée à l’hostilité des administrations à leur égard est solidement ancrée chez les migrants marocains interrogés. Cela semble renforcer leur méfiance envers l’administration. La recherche d’un logement est l’un des premiers obstacles que rencontrent les migrants marocains en arrivant à Séville. Souvent, au cours des premiers mois, ils vivent avec des connaissances, des amis. Contrairement à ce que pensent beaucoup d’Espagnols (« pour eux, nous vivons en communauté, en troupeaux ! » Majid), vivre à 6 ou 7 personnes n’est pas une situation qui est considérée par les immigrés marocains comme digne et tolérable. L’espace et l’intimité sont des valeurs très importantes pour la communauté marocaine, l’indépendance et l’obtention de leur propre domicile sont un objectif prioritaire pour tous les migrants. Mais, par exemple, lorsqu’ils décident de leur propre chef de louer un appartement, ils sont nombreux à constater qu’en se présentant par téléphone avec un nom arabe, on « raccroche immédiatement » (Driss) « Il te coûte toute une vie pour trouver une location, alors moi je loue une chambre, tout simplement. Cela fait 6 mois que je cherche une autre chambre et rien, mais rien de rien » (Mohammed) La plupart du temps, les loyers sont trop élevés comparés aux revenus des migrants. Il arrive aussi que les propriétaires aient des instructions de la part de la communauté de voisins telles que nous l’affirme Majid : « Ils ne veulent pas d’ennuis avec les voisins et le président de la copropriété qui les oblige, de préférence, à ne pas louer aux étranger, et s’ils sont étrangers, qu’ils ne soient pas ‘Maures’ ». Pour l’immigré marocain, l’idéal serait de gagner suffisamment d’argent pour en envoyer à sa famille au Maroc et vivre en Espagne non seulement décemment, mais en épargnant dans le but d’acquérir des biens. Il pourrait ensuite se déplacer l’été au Maroc et montrer sa réussite. Il se rend rapidement compte de la difficulté d’atteindre ces objectifs : « Si tu vis normalement, comme un Espagnol normal, tu ne vas rien épargner… au bout du compte un immigré pense toujours à envoyer quelque chose à sa famille…donc si tu ne peux pas en envoyer à ta famille, même si tu envoies quelque chose, par exemple, je ne sais pas, là-bas, cela ne vaut rien parce que le niveau de vie n’est pas si bas qu’en Amérique Latine ou dans les pays de l’Est…nous, on doit envoyer de l’argent, je ne sais pas, le revenu entier, ou sinon ‘écoute, n’envoie rien’. Ils te le disent comme cela, ‘cela ne sert à rien’ » (Hicham). La rémunération que perçoivent les immigrés en Espagne se révèle insuffisante comparée à leurs désirs de consommation et d’épargne. Les documents légaux, l’emploi et le logement représentent les trois premières préoccupations des migrants marocains présents à Séville. Elles sont la condition leur permettant de s’insérer et de s’intégrer réellement dans la société andalouse. Cependant, nous constatons que le Marocain porte un poids supplémentaire : sa mauvaise réputation.

c) Le sentiment de discrimination ethnique

Etre un immigré en Espagne est, selon nos interviewés, une situation peu enviable, pire encore si l’immigré est Marocain. Ils ont le sentiment que quand ils vivaient encore au Maroc, les immigrés qui revenaient au pays ne parlaient pas des expériences négatives ou les réduisaient à quelques anecdotes : « Moi, personnellement, quand j’étais au Maroc, j’avais une idée sur les Européens : ils sont plus ouverts, plus humains, enfin, que du bon, tu penses jamais au mal, tu les vois comme on t’a toujours montré dans les films, qu’ils sont gentils » (Hamid). Ceux qui vivent depuis quelques années à Séville affirment catégoriquement que le regard des Espagnols envers eux a évolué de manière négative : « le regard des Espagnols envers les immigrés marocains a beaucoup changé en quelques années…avant on nous acceptait mieux, on nous traitait d’une autre manière, on nous donnait du travail, on ne retenait pas seulement le fait que ‘cet homme est un Maure’ » (Driss). Certains ont d’ailleurs le sentiment d’être au sein d’une société qui « boycotte les Arabes » (Majid), d’autres émettent des raisons qui caractériseraient l’Espagne dans son ensemble, une Espagne qui a voulu « saisir le train de l’évolution, du développement occidental » et une fois entrée dans l’Union européenne, elle a « tourné le dos au nord de l’Afrique » (Souad). En outre, la détérioration des relations entre l’Espagne et le Maroc « la pêche, les bateaux » (Fatima 1), a introduit de nouveaux motifs de discorde. Certains parlent de racisme séculaire alimenté par des siècles d’histoire : peu de temps avant notre entretien, Majid, l’un des migrants marocains interrogés, avait entendu l’expression « No hay moros en la costa, no hay peligro » (« Il n’y a pas de Maures sur la côte, il n’y a pas de danger »). Cette expression était utilisée par les gardes-côtes espagnols pour indiquer ou non l’arrivée de bateaux pirates Maures sur la côte espagnole. Cette expression est utilisée quotidiennement par certains espagnols pour indiquer la présence ou non d’un danger. Tous les Marocains interrogés ont le sentiment d’être les migrants les moins bien traités d’Espagne et pensent que le rejet des résidents marocains en Espagne a contribué, de manière significative, à l’arrivée de migrants venant d’autres pays, plus dociles et acceptant des rémunérations plus faibles. La condition de leur altérité les accompagne constamment : « dès que tu ouvres les yeux le matin jusqu’à ce que tu les fermes la nuit, et parfois, elle te poursuit jusque dans tes rêves » (Hamid). En plus d’avoir le sentiment de ne pas être respectés dans la société andalouse à cause de facteurs exogènes et d’être « différents », ils se sentent impuissants et « victimes ». Ce sentiment d’impuissance est aggravé par le fait que certains semblent convaincus de n’avoir aucun mécanisme de défense et d’être « abandonnés » par leur pays d’origine : « Je suis surprise que les responsables marocains ne parlent pas des immigrés, nulle part, cela me surprend. » (Amina)

d) Les migrants marocains interrogés sur leur recours aux associations étudiées

Lorsque nous leur demandons s’ils ont déjà eu recours à une association, la plupart des femmes interrogées nous indiquent qu’elles se sont dirigées vers l’association « Amal Andaluza ». Selon elles, l’association est un excellent moyen pour trouver un travail ; il est d’ailleurs plus facile de trouver un emploi en s’adressant directement à l’association. Elles indiquent également que l’aide juridique apportée pour les demandes de permis de séjour ou de travail est très efficace. En plus d’être un espace qui facilite leur insertion légale et professionnelle dans la société, « Amal Andaluza » est aussi l’endroit où se retrouvent parfois plusieurs femmes pour boire un thé et échanger leurs expériences. Notons que cette association a été créée par une femme marocaine, musulmane, parlant l’Arabe et ayant vécu la même expérience migratoire qu’elles. Nous pensons que cette proximité religieuse, linguistique et culturelle est la raison pour laquelle la plupart des femmes marocaines interrogées nous affirme avoir eu déjà recours à la même association. Chez les hommes, le constat est différent. Certains disent qu’ils ne sentent pas à l’aise dans une ONG, qu’ils ne sont pas bien accueillis et qu’ils préfèrent se « débrouiller entre eux » (Majid). D’autres pensent que cela dépend de l’association, certaines sont plus ou moins compétentes dans certains domaines. « Une association d’Espagnols est meilleure pour les papiers, si tu as un problème avec la police…mais les associations de Marocains, elles nous comprennent mieux, tout de suite, il y a pas de problème pour parler » (Hamid) L’association sévillane la plus fréquentée par la plupart des hommes marocains interrogés est « Atime », ensuite vient l’association « Sevilla Acoge ». Il apparait dans nos entretiens que presque tout le monde connait l’association « Caritas Diocesana » mais que personne n’y sois encore allé. Nous constatons donc une différence entre les hommes et les femmes marocaines dans leur recours au tissu associatif. De manière générale, lorsqu’un homme marocain arrive sur le territoire andalou, il se dirige vers un réseau social qui lui est connu tel que des connaissances, des amis d’amis, etc. Par contre, les femmes marocaines se différencient, elles préfèrent avoir rapidement recours au monde associatif et particulièrement à l’association Amal Andaluza qui connaît beaucoup de succès ces dernières années. Le « bouche à oreille » a joué un rôle prépondérant dans l’évolution de cette association.

e) Leur regard sur la société andalouse

Lorsque les migrants interrogés donnent leur avis sur Séville et les Sévillans, comme type de société en général, ils ne semblent pas beaucoup l’admirer. Lors de leur temps libre, ils observent les Sévillans sortir, « boire des bières et manger du jambon » (ce qui symbolise les deux transgressions de la « vraie loi ») mais aussi, dépenser inutilement de l’argent dans des choses vaines et superficielles. Ils voient une société qui ne respecte pas les aînés, ni l’honneur des femmes. Ils voient une société avec les coutumes telles que « se marier à l’Eglise », mais sans avoir une vraie vie religieuse. Il s voient une société qui est reflétée dans des contenus télévisuels étonnants : « j’ai allumé la télévision et j’étais sans voix » (Mohamed) Selon eux, la société espagnole critique les (autres) Européens, mais en réalité, ils voudraient être comme eux. S’exprimant sur ce sujet, certains affirment que les Espagnols vivent au dessus de leurs moyens, contrairement à eux :« nous, les Marocains nous réfléchissons beaucoup avant de nous engager dans un crédit » parce que « je connais des Espagnols qui ont une voiture qui leur a coûté 10 ou 15 mille Euros ; la maison tu la vois, mais après tu ouvres le réfrigérateur et le réfrigérateur est toujours vide, la seule chose qu’il y a dans le réfrigérateur, c’est du jambon bon marché » (Aziz)

Nous pouvons donc percevoir une attitude ambivalente envers l’Espagne. La vision que certains nous donnent, parfois limitée à quelques détails subjectifs et à des stigmatisations, nous rendent perplexe sur l’avancée positive du processus d’intégration. Cependant, pour la plupart des Marocains interrogés, l’idée d’un retour au pays est inenvisageable.

f) Les choix de vie des migrants marocains et le code de l’honneur

Un des participants à nos entretiens nous racontait l’histoire d’un « garçon de 18 ans qui est parti du Maroc en ‘patera’ (un bateau de fortune utilisé par des immigrants clandestins). Quelques mois après son arrivée en Espagne, il s’est rendu compte qu’il s’était trompé et on lui a proposé de rentrer. Il leur a répondu : ‘ils vont rire de moi là-bas, tant que je n’aurai pas ma maison, tant que je ne descendrai pas là-bas en voiture…, je ne peux pas rentrer, ils vont tous se moquer de moi pendant des années, là-bas, dans mon village’ » (Aziz). Un autre Marocain nous dira aussi « Ils ne te le pardonnent pas, dans la rue ils ne te pardonnent pas, ils te disent ‘tu es un perdant’ ; beaucoup de personnes n’ont pas la chance que toi tu as eue et tu es rentré ; tu es un lâche » (Majid) Dans ces propos, nous remarquons que les choix de vie des migrants marocains sont étroitement liés au code de l’honneur. Rentrer serait une honte, et l’honneur, l’amour propre de ces hommes, les oblige à faire tout ce qui est possible pour éviter de rentrer.

Conclusion

A partir de toutes les informations recueillies et de nos observations, nous pouvons affirmer que plusieurs scenarii sont possibles. Une fois arrivés sur place, certains immigrés marocains s’intègrent de manière lente et transgénérationnelle dans le territoire d’accueil. D’autres immigrés marocains primo-arrivants ne parvenant pas à s’intégrer pensent à retourner dans leur pays d’origine mais ne le font pas. Ils restent alors en Espagne mais en effectuant un repli communautariste. La population marocaine intégrée en Andalousie et la deuxième génération de personnes liées à ce flux migratoire effectuent généralement des séjours temporaires réguliers dans leur pays d’origine, en particulier pour les vacances. Ce flux de retour au Maroc est un vecteur d’information ou de désinformation sur la vie en Andalousie et l’intérêt de la migration. Il entraîne le départ d’autres personnes, souvent originaires de la même commune et/ou appartenant à la même famille que les migrants. Même si tous les migrants marocains ont le sentiment que de venir vivre en Espagne est plus avantageux (économiquement) que de rester vivre au Maroc, nous constatons une différence entre les hommes et les femmes dans l’idée du retour au Maroc. Alors que certains des hommes marocains interrogés n’abandonnent pas l’idée de retourner vivre au Maroc lors de leur retraite, la plupart des femmes interrogées souhaitent rester vivre définitivement en Espagne (ou en Europe). Elles s’y sentent plus libres et elles mentionnent également quelques thèmes concrets tels que la sécurité sociale, l’assistance sanitaire, la possibilité de voyager, d’économiser pour obtenir un logement ou encore celui de l’avenir de leurs enfants qui, selon elles, sera meilleur qu’au Maroc.

En accord avec tous les immigrés que nous avons rencontrés pour mener à bien notre enquête, l’Europe reste très présente dans leurs stratégies d’immigration. D’un côté, une partie d’entre eux souhaiterait traverser les Pyrénées et s’installer dans d’autres pays de l’Union Européenne. D’un autre côté, ils comparent constamment leurs expériences avec celles d’autres Marocains partis s’installer dans des pays voisins. Nous pouvons donc affirmer que cette comparaison ne donne pas une image positive de leur intégration en Espagne. Cette constante comparaison avec d’autres pays européens cache probablement une insatisfaction, une inquiétude, et dans la mesure où elle s’étendrait et s’intensifierait parmi tous les Marocains qui résident en Espagne, cela pourrait remettre en question l’évolution positive de cette communauté sur ce territoire. Actuellement, d’un point de vue démographique, l’immigration marocaine en Espagne a atteint un stade de développement que nous ne devons pas négliger. En effet, la plupart des résidents marocains sont à des âges « actifs » (aussi bien professionnellement que reproductivement). Les immigrés, en s’installant de manière permanente en Espagne représentent désormais une partie importante de la société espagnole si bien que les décisions comme de rester vivre en Espagne ou au contraire de retourner au pays d’origine (ou migrer vers un autre pays européen), ne dépendent plus des préférences de l’Etat espagnol et des Espagnols mais des migrants marocains eux-mêmes. Néanmoins elles dépendront des conditions de vie et des relations qu’ils entretiennent avec les autochtones, autrement dit, de l’évolution de leur intégration en Espagne. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un processus bilatéral qui demande un effort des migrants mais aussi de la société andalouse. Ainsi, dans le but de compléter notre étude qualitative sur l’intégration des immigrés marocains dans la province de Séville, nous avons souhaité recueillir également l’opinion des autochtones sévillans sur le sujet.

L’AUTOCHTONE SEVILLAN

Dans la perspective de recueillir des informations sur l’opinion de la population sévillane au sujet du phénomène migratoire et des migrants marocains en particulier, nous nous sommes inspirés de la première « grande » étude sociologique espagnole, réalisée par Thierry Desrues et Manuel Perez Yruela en 2006, qui a pour objectif d’analyser l’« Opinion des Espagnols en matière de racisme et de xénophobie ». [2] Avant de nous rendre à Séville, nous avions donc réalisé un questionnaire semblable à celui utilisé par Manuel Perez Yruela et Thierry Desrues, composé de questions fermées ou à choix multiple ainsi que de quelques questions ouvertes. Cependant, nous nous sommes rapidement aperçue que le questionnaire était beaucoup trop long, que les personnes que nous interrogions n’avaient pas beaucoup de temps à nous accorder. Alors, nous avons décidé d’utiliser une technique davantage journalistique, celle du « micro-trottoir » qui consistait à interroger dans la rue des personnes ciblées pour collecter leur opinion spontanée sur notre sujet. La question que nous posions était toujours la même pour chaque personne interrogée. Elle pouvait être fermée, c’est-à-dire demander une réponse qui soit « oui » ou « non » ou encore « pour » ou « contre » avec une argumentation ; ou alors ouverte, c’est-à-dire demander des réponses développées, par exemple : « que pensez-vous des immigrés marocains ? », « que faut-il faire pour leur intégration ? ».

L’objectif de cette enquête n’était pas de recueillir des informations hors contexte, dans des quartiers où la présence d’immigrés reste faible mais plutôt de pénétrer dans la sphère d’un Sévillan vivant dans un quartier où les immigrants sont « tout près », où les participants de notre enquête ont le temps d’exprimer leurs sentiments dans leurs propres mots. Nous sommes donc allés dans le quartier « Triana » où nous savions que la présence d’immigrés marocains est importante depuis quelques années. Nous avons interrogé 12 Sévillans et pour résumer les propos que nous avons recueillis, nous remarquons que la plupart des personnes interrogées sont méfiantes à l’égard des immigrés et plus particulièrement des immigrés marocains. Elles ont le sentiment d’avoir « perdu le contrôle du quartier », les coutumes des musulmans leur semble « étranges », elles n’apprécient pas leur manière de « traiter les femmes ». Les Sévillans interrogés se sentent un peu surpris de voir que les immigrés les regardent, à leur tour, avec hostilité. Ce sentiment de confusion et d’impuissance devant cette réalité sociale, ajouté à l’impression d’avoir été laissés seuls avec leurs problèmes, ne fait qu’augmenter leur irritation envers les autorités publiques et surtout le gouvernement socialiste de Zapatero qui a ouvert en 2005 un nouveau processus de régularisation.

Le partage des espaces publics et la visibilité de l’altérité marocaine

D’une part, il semblerait que le partage des espaces publics du quartier avec de nombreux nouveaux venus, étrangers et musulmans, ne soit pas chose facile pour la majorité des participants de notre enquête. Ils nous affirment d’ailleurs avoir très peu de rapports avec les immigrés marocains. Bien souvent, le rapport social se limite à un « bonjour ». Certains accusent les étrangers de ne pas s’ouvrir à eux et de rester entre musulmans, d’autres partagent la faute en parlant de racisme des autochtones envers les immigrés et de racisme des immigrés envers les autochtones. D’autre part, nous remarquons que les Sévillans interrogés sont nostalgiques du passé, quand, jadis, la composition du quartier était encore homogène. Depuis l’arrivée d’immigrés, ils se sentent observés lorsqu’ils passent dans certaines rues, ils se sentent maintenant mal à l’aise dans des lieux où ils se réunissaient avant pour célébrer les fêtes traditionnelles. Nous apprenons également qu’ils ne se sentent plus en sécurité en passant dans certaines rues la nuit et que la dévaluation de leurs biens immobiliers due à la forte présence d’immigrés les a appauvris. Enfin, nous avons eu l’occasion d’entendre certains propos plus extrêmes comme « les immigrés ont envahi notre territoire ».

Cependant, l’irritation exprimée par certains participants va au-delà de la présence massive d’immigrés sur leur territoire. Elle aborde surtout les différences culturelles (audibles, visibles et invisibles) telles que la langue, les pratiques culinaires et les odeurs corporelles qui en émanent, les styles vestimentaires, les habitudes d’hygiène, l’expression du culte religieux, les regroupements bruyants d’immigrés. À certains égards, ce rejet que nous percevons dans la perception de l’altérité marocaine peut être parfois justifié par l’interruption de ce que nous qualifierons d’une « tranquillité de vie » des Espagnols, perturbée par l’arrivée d’autres migrants aux habitudes et aux aspects différents. Cependant, cette perception peut rapidement aboutir à la négation de l’identité de l’autre. En effet, il est souvent arrivé, lors de nos entretiens, de constater que les Marocains font l’objet d’une perception négative et qu’un fossé culturel s’est installé entre les deux parties.

La religion musulmane, un obstacle à l’intégration des Marocains en Espagne ?

De manière générale, les Sévillans interrogés pensent que la religion musulmane est un obstacle à l’intégration des Marocains en Espagne (et dans des cas extrêmes, elle représente une menace, un danger pour la société espagnole). Ils estiment que la fréquence de la pratique religieuse est un obstacle à leur coexistence et que les exigences du Ramadan sont un problème d’intégration des Musulmans (parce qu’ils deviennent temporairement des travailleurs affaiblis pendant la journée et des voisins bruyants la nuit). La religion apparaît aussi comme la subordination des femmes aux hommes. Ce sont surtout les Sévillanes interrogées qui dénoncent le manque de liberté des femmes marocaines qui portent le voile.

Conclusion

En définitive, bien que les Espagnols aient exprimé des opinions optimistes envers les immigrants lors des dernières enquêtes sociologiques (qui soulevaient des questions générales) réalisées récemment par plusieurs équipes de recherche, nous remarquons que lorsque nous nous rapprochons, sur le terrain, des autochtones qui partagent quotidiennement leur espace public avec plusieurs immigrés, le constat est nettement différent. Nous en voulons pour preuve les quelques éléments que nous avons pu recueillir lors de ces entretiens. La population autochtone sévillane qui assiste à l’arrivée massive de ces migrants sur son territoire développe souvent des sentiments de xénophobie vis-à-vis des migrants marocains. Certains Sévillans auraient souhaité éviter que les migrants marocains vivent à proximité d’eux. Egalement, la méfiance de certains Sévillans envers les musulmans (et l’Islam) rend difficile leur intégration. C’est donc pour cette raison que toutes les ONG et associations que nous avons rencontrées se mobilisent pour sensibiliser la population andalouse sur la religion musulmane et les habitudes des musulmans en organisant des ateliers ou en distribuant des prospectus dans lesquels sont expliquées les différentes coutumes des Marocains. Aussi, le contexte économique actuel ne favorise guère l’intégration des migrants étant donné qu’une partie de la population sévillane ressent de la concurrence envers eux, notamment dans l’accès à l’emploi et au logement, qui sont tous les deux difficiles à obtenir actuellement en Espagne. Enfin, il nous semble que si les expériences individuelles et collectives des migrants marocains avaient été prises en considération plus rapidement par le gouvernement espagnol, lorsque le solde migratoire a commencé à varier et lorsque les premiers indices indiquant que l’Espagne pouvait devenir un pays d’immigration sont apparus, peut-être que la société espagnole et dans notre cas les autochtones sévillans auraient été capables d’aborder le phénomène migratoire avec plus de discernement et d’équilibre. A la recherche de solutions pour gérer l’affluence croissante d’immigrés non-européens, les stratégies du gouvernement espagnol se sont limitées pendant plusieurs années, voire « trop » d’années, à contrôler les flux et à justifier les mesures restrictives (qui provoquaient un rejet massif et sonore de la plupart de la société civile organisée). Cependant, le contrôle des flux a relégué au second plan d’autres questions cruciales liées à l’intégration des immigrés. Actuellement, les programmes des associations ainsi que du gouvernement espagnol en matière de sensibilisation de la population autochtone sur les richesses de la diversité culturelle et des apports des immigrés marocains à la société andalouse ne font que se multiplier. D’un point de vue formel, nous observons plusieurs améliorations dans le traitement du phénomène migratoire et dans la mise en place d’un réel processus d’intégration. Néanmoins, ce processus a démarré tardivement et nous maintenons notre attention sur son évolution et son développement dans le temps.

Notes

[1] A seulement 14 km du Maroc, l’Andalousie est en Europe la frontière sud la plus proche de pays en voie de développement.

[2] PEREZ YRUELA, Manuel et DESRUES, Thierry, Opinión de los españoles en materia de racismo y xenofobia 2006, Ministerio de Trabajo y Asuntos Sociales, Oberaxe, Madrid, 2007