home @


Poétique de la mise en fiction d’une expérience de guerre : la littérature post-coloniale de langue portugaise

Sous la direction d’Olinda Kleiman, Anne-Marie Pascal et Philippe Rousseau, 2010 Saint Étienne : Publications de l’Université de Saint-Étienne (Textures 20)

ISSN 1253-5044

L’ouvrage, consacré à la mise en écriture de la guerre coloniale dans la littérature en langue portugaise, est la partie visible d’une réflexion menée conjointement dans le cadre des études de portugais des universités de Lille 3 et de Lyon 2. Il s’inscrit dans une recherche transdisciplinaire en cours, sur la manière dont les formes de la création littéraire appréhendent, interrogent et représentent la guerre, acte collectif, extrême, en même temps qu’expérience-limite singulière qui explore constamment l’entre-deux nécessaire et problématique d’un désir et d’une impossibilité de dire l’indicible. Les études réunies dans ce volume sont le produit de deux journées de débats qui se sont tenues dans le cadre des activités du centre de recherche LCE - Langues et Cultures Etrangères - et des centres de langue portugaise de l’Instituto Camôes des Universités de Lyon 2 et de Lille 3, avec le soutien des Faculté et UFR concernées, les 15 et 17 mars 2007. Ces rencontres ont été programmées dans le cadre d’une recherche, en cours, sur la manière dont les formes de la création littéraire appréhendent, interrogent et représentent la guerre, acte collectif, extrême, organisé par les états contre un ennemi déclaré dont l’action combative se structure elle-même selon des règles symétriques. La littérature portugaise du dernier tiers du vingtième siècle, très riche du point de vue qui nous occupe, nourrie qu’elle est de l’expérience tragique des guerres dites coloniales au point que l’on peut parler de "littérature de la guerre coloniale", offre à l’analyse des chemins de la création comme un laboratoire privilégié. Cette richesse est d’autant plus grande et significative qu’elle se double, en quelque sorte, d’une création non plus portugaise mais en langue portugaise qui dit, dans la même langue et comme elle, le même point de vue en même temps que le point de vue de l’autre, l’ennemi, le frère tout aussi bien. Plusieurs littératures - ce pluriel posant l’idée, commode et non moins chargée de sens dans le cas présent, d’une distinction par une appartenance nationale - instituent ainsi, à partir d’un traumatisme partagé, individuellement, collectivement, comme un dialogue, qui semble répondre à l’impérieux besoin du "dire la guerre", sa guerre, la guerre de l’autre, en un double jeu de regards - regards sur soi et regards croisés, du Portugal sur l’Afrique, de l’Afrique sur le Portugal - par ailleurs souvent à double portée, ontologique et politique.