home @


Pouvoirs, sociétés, cultures
Responsable(s) : HERBET Dominique

Pouvoirs, sociétés, cultures

L’axe 5 regroupe des chercheurs travaillant sur de très nombreuses aires géographiques, plus spécifiquement Asie-Pacifique, Europe dont UE ou Commonwealth. L’objectif affiché est de concilier recherche appliquée à une aire géographique de référence et recherche transversale et comparative entre les différentes aires, pour faire apparaître ce que celles-ci peuvent avoir en commun, par exemple en terme de relations entre centre et périphérie, ce qui correspondait à une direction de recherche priorisée lors du précédent quadriennal.

La question du pouvoir et des territoires se pose ainsi tant au niveau national (Espagne et Catalogne, Royaume-Uni et Écosse, espace asiatique, Fédération de Russie) qu’au niveau supranational (UE, Zone euro, espace Schengen). À l’échelle de la nation, le travail d’analyse sur les mouvements indépendantistes n’a rien perdu de sa pertinence en 2015, avec une réflexion sur les notions de subsidiarité et solidarité des territoires ; à l’échelle supranationale, le même constat s’impose, les débats et les crises à l’échelon national interférant avec la politique de l’UE, que ce soit en Ukraine ou dans le cas du référendum britannique sur une éventuelle sortie de l’Union européenne (Brexit) par exemple. Les partis ou médias fournissent ici un objet d’analyse essentiel, qu’ils agissent en tant que partis gouvernementaux ou d’opposition, médias nationaux ou régionaux.

Au cœur des analyses axées sur territoires, pouvoirs, sociétés et cultures, on trouve les migrations qui ne peuvent être considérées comme des phénomènes nouveaux et uniques et imposent que les chercheurs les abordent dans une optique transnationale (Fuite et expulsion des Allemands après la Seconde Guerre mondiale, Exode et départ massif des populations russes des ex-républiques soviétiques après la chute de l’URSS). Les flux migratoires et l’intégration des migrants (réfugiés politiques, migrants économiques, demandeurs d’asile) interrogent non seulement les politiques nationales ou supranationales, ils imposent de mettre en perspective les différentes sociétés et leur conception de l’accueil et de la solidarité.

L’axe 5 s’intéresse également à la question de la citoyenneté et des modes de représentation à travers les Cultural Studies, envisagées comme l’étude de l’évolution des pratiques culturelles (fussent-elles très ordinaires) et de ce qu’elles disent d’une société. À la croisée de l’histoire, de la sociologie, de la littérature, de l’anthropologie culturelle, les réflexions engagées proposent ainsi une démarche transversale des cultures minoritaires, populaires et postcoloniales. L’étude des productions symboliques dans leur lien au pouvoir, le dépassement des frontières disciplinaires des sciences sociales, l’analyse discursive, le décentrement des discours, la pensée de l’histoire et de la traduction, l’universalisme et le différentialisme, sont privilégiés. Le post-colonial renvoie à des objets, en particulier les traces laissées par les expériences diverses de la domination coloniale. Il renvoie en outre à des positionnements théoriques et politiques concernant l’étude des ces objets, tant dans les études littéraires qu’en sciences humaines et sociales. Convoquant les enjeux de mémoire, notamment de la colonisation et de l’esclavage, cette thématique ouvre la voie à des questionnements quant à la nécessité, ou non, de reconstruire un champ de recherche spécifique ou encore celle de poser le postcolonial comme un questionnement important qui ne peut être isolé des autres modes de questionnement critique. Là encore est privilégié l’articulation de divers niveaux d’analyses : local, national et transnational.

Que ce soit en Asie (Japon par exemple) ou en Europe (Allemagne, Espagne, Portugal, espace post-soviétique), le travail de mémoire sur les dictatures continue de générer d’importantes recherches. Les recherches les plus récentes tendent à faire émerger une mémoire européenne, voire même globale, sans que l’on néglige pour autant la déclinaison entre mémoires individuelles et mémoire collective, la confrontation avec la mémoire institutionnelle (mémoire des Guerres Mondiales, conflits locaux). En lien avec les questions d’identité, l’analyse des pratiques culturelles et des politiques culturelles mises en œuvre est déclinée dans toutes les aires géographiques représentées au sein de l’axe 5. Les transferts culturels retiennent ici tout particulièrement l’attention. Vers quels modèles culturels ces sociétés évoluent-elles par exemple, modèle multiculturel fondé sur la tolérance ou société exclusive disposant d’une « culture de référence », servant à refouler les groupes ethniques ou sociaux jugés indésirables ? L’ensemble des productions des chercheurs regroupés dans l’axe 5 permet de voir émerger une histoire européenne, voire une histoire globale.

Ancien axe 5 Subsidiarité et solidarité des territoires (programme 2013-2015)

Cet axe est le produit de la fusion de l’ancien axe 5 intitulé « Pouvoir central et pouvoirs périphériques » et de l’ancien axe 7 intitulé « Grande-Bretagne et Commonwealth ». Il a paru légitime de regrouper ces deux axes dont les thématiques tournent autour de la problématique de la relation de la périphérie au centre et vice-versa. Le nouvel axe 5 comprendra ainsi quatre ateliers : « Etudes européennes », « Extrême Orient », « Pays slaves », « Grande-Bretagne et Commonwealth ». La structure en ateliers doit permettre, comme dans les années précédentes, de concilier recherche appliquée à l’aire géographique de référence et recherche transversale et comparative entre les différentes aires pour faire apparaître ce que celles-ci peuvent avoir de commun en termes de relations centre/périphérie.

L’introduction dans le nouvel intitulé de l’axe des deux termes « subsidiarité » et « solidarité » doit conduire les différents ateliers à étudier comment le principe de subsidiarité qui fonde toute forme de fédéralisme attribue bien à chaque niveau de compétence le mieux placé le droit effectif de prendre des décisions et de vérifier si l’application de ce principe permet de faire l’économie de frictions ou pour le moins de les minimiser entre ces différents niveaux qui sont autant de niveaux de territoires (communes, régions, Etat national, Union européenne par exemple). Le principe de subsidiarité s’accompagne plus ou moins dans les régimes fédéraux de celui de solidarité entre les territoires : ces régimes connaissent en tout cas le principe d’unicité des conditions de vie pour l’ensemble d’un territoire, contraignant ainsi par la loi le territoire le plus riche à venir en aide au territoire moins favorisé. Le principe de solidarité engendre ainsi une pratique délibérée de péréquation des charges entre collectivités territoriales. Il s’agira dès lors de vérifier si le principe de solidarité est bien appliqué et s’il permet mieux qu’un régime centralisateur de prendre en compte les besoins des territoires.

Ancien axe 5. Pouvoir central et pouvoirs périphériques (programme 2008 - 2013)

Pouvoir central et pouvoirs périphériques

Comme il est rappelé dans la présentation générale du laboratoire, un territoire existe à partir du moment où il est pensé et délimité par ceux qui l’occupent. La frontière apparaît ainsi d’abord comme une limite que les autres ne doivent pas franchir et la culture qui y est assimilée apparaît également, dans un premier temps, comme enfermement, repli sur soi-même. L’actuelle crise en Ossétie du Sud et celle d’Abkhasie en sont une forme d’illustration dans le contexte complexe de la redéfinition des majorités et des minorités dans les pays de la CEI, dans la période de l’après-guerre froide. Et pourtant toute frontière est aussi zone de contact et, de ce fait, vouée à être transgressée, ce qui conduit au brassage des cultures dans cette zone particulière d’entre-deux que sont les frontières et aussi au delà. Les cultures semblant ne pouvoir se satisfaire de leur enfermement cherchent à s’enrichir au contact l’une de l’autre : cela conduit à ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui interculturalité. Mais celle-ci pour ne pas dégénérer doit être constamment repensée.

La représentation du territoire et de ses limites est une composante première dans la formation des identités des individus et des groupes. Le cas des Allemands des Sudètes est à cet égard révélateur : d’Allemands faisant partie de la majorité germanophone de l’Empire austro-hongrois ils deviennent une minorité après les traités qui constituent, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Etat tchécoslovaque. Ils construisent alors une identité presque de toutes pièces dans un but de revendications politiques à partir de l’existence d’un territoire connu sous la dénomination géographique de Sudètes, d’une histoire et d’une culture commune ayant la caractéristique particulière d’être au contact du monde slave auquel ils peuvent s’opposer mais avec lequel ils pourraient aussi bien rechercher une symbiose. L’effondrement des Empires crée de nouvelles minorités qui cherchent à s’affirmer et à obtenir la reconnaissance de droits qu’elles fondent par une histoire et une culture. L’exemple des Sudètes n’est en ce sens qu’un cas particulier, peut-être exemplaire de par son artificialité. A leur nom est associé celui d’expulsion et de réfugiés, une forme de migration forcée qui est aujourd’hui l’objet d’un nouveau débat dans l’Allemagne unifiée et dans la Hongrie post-communiste. Cet axe étudiera l’éclatement des empires wilhelminien et austro-hongrois après la Première Guerre mondiale, mais aussi l’éclatement de l’Empire soviétique après 1990, il induira également une réflexion sur les migrations par la transformation du statut des frontières politiques ainsi que sur les contacts en osmoses entre cultures.

L’intégration européenne

L’intégration européenne, comme remède aux conflits nationaux après les deux conflits mondiaux puis après la fin du monde bipolaire de la Guerre froide (derniers élargissements de l’UE), fournit le prétexte à l’étude d’un sorte de contre-modèle qui cherche pourtant aussi à s’établir comme une nouvelle forme d’empire quand il est question d’ « Europe puissance ». Il s’agira ici d’étudier les motivations, les objectifs et les effets du processus européen d’intégration qui, après la Deuxième Guerre mondiale, fait perdre à l’Allemagne sa position de puissance centrale menacée d’encerclement et permet à la France de compenser sa situation périphérique. Chacun contrôlant chacun, personne ne peut à proprement parler dominer l’autre même si, au sein même de l’Europe reconstituée, on peut à nouveau imaginer des alliances opposées. Mais il ne peut plus s’agir que d’alliances politiques de circonstance pour faire basculer les décisions à Bruxelles dans un sens ou dans un autre et non d’alliances visant à prendre le pouvoir sur l’autre que ce soit par des moyens économiques, commerciaux ou militaires. Pour les germanistes, anglicistes et slavisants, il sera intéressant de chercher à répondre en commun à la question de savoir dans quelle mesure l’Allemagne unifiée est recentrée au sein de l’Union européenne en train de s’élargir vers l’Est tout en étant neutralisée par le facteur d’intégration supranationale de la construction européenne. La dialectique de l’intégration européenne permettra d’analyser de façon exemplaire les relations entre pouvoir central et pouvoirs périphériques et la recherche d’un nouveau modèle de fédéralisme intégrateur.

1. L’évolution de l’unification intérieure de l’Allemagne, pour vérifier dans quelle mesure le système ouest-allemand de la RFA tel qu’il a existé de 1949 à 1990 parvient à intégrer dans l’Europe les nouveaux Länder issus de l’ancienne RDA. Les nouveaux Länder servent, par ailleurs, de tremplins à l’Allemagne unifiée pour mener une double action en direction des Pays d’Europe centrale et orientale : trouver des débouchés commerciaux, mais aussi stabiliser ces pays pour éviter des flux migratoires en direction de l’Allemagne et créer avec eux un système de sécurité commun. La Pologne, la Hongrie et la République tchèque jouent dans ce contexte un rôle essentiel, mais aussi les pays baltes et l’enclave de Kaliningrad, l’ancien Königsberg. Un intérêt particulier peut être porté dans ce cadre à ce qu’il est convenu d’appeler le « triangle de Weimar », aux relations donc entre la France, l’Allemagne et la Pologne.

2. Le rapport aux pays scandinaves (Danemark, Suède, Norvège) relève d’une autre catégorie dans la mesure où ces ays sont assimilés à un modèle social présenté comme un contrepoids traditionnel à l’Europe méridionale.

3. La poursuite de l’intégration européenne pose inévitablement la question de ses propres limites, et des tensions qu’elle peut soulever sur ses marges orientales : si l’élargissement de l’Union européenne aux pays Baltes n’a pas provoqué de crise internationale majeure, la perspective d’une adhésion de l’Ukraine à l’UE se révèle génératrice de conflits entre l’UE elle-même et la Fédération de Russie. Cette dernière, sur la base d’une structure fédérative ouverte, semble aujourd’hui en mesure de procéder à l’intégration en son sein de territoires (Abkhazie, Ossétie du Sud, Crimée) situés dans des États souverains (Géorgie, Ukraine), mais qui ont proclamé unilatéralement leur indépendance. Ce sont ainsi deux modèles d’intégration qui se font face, dans lesquels les notions de frontière et de migration, celles d’intérieur et d’extérieur, sont utilisées dans des contextes et à des fins différentes, qu’il importe de bien distinguer.

4. L’intégration européenne pose la question des rapports entre pouvoirs régionaux et pouvoir central (ou pouvoirs centraux) en termes de subsidiarité à plusieurs niveaux. L’Allemagne apparaît même à certains comme un modèle sinon de référence du moins d’ « expérience » de par ses structures fédérales et la prise de conscience relativement rapide des enjeux européens pour les Etats fédérés que sont les Länder. Il apparaît important d’étudier le mode de fonctionnement du fédéralisme allemand et de ses capacités d’adaptation en matière en particulier de péréquation financière entre Etats fédérés au nom de l’unicité des modes de vie d’un même pays pour en apprécier les éventuels effets sur la réflexion entreprise sur le fédéralisme européen.

Si les transferts culturels et les échanges commerciaux retiendront l’attention, il conviendra de ne pas négliger les flux migratoires et les politiques de ces Etats en matière de législation sur les étrangers et le droit d’asile, ceci permettant d’identifier vers quel modèle culturel l’Europe du Nord-Ouest est en train d’évoluer : une société plutôt multiculturelle fondée sur la tolérance ou une société exclusive disposant d’une « culture de référence » servant à refouler les groupes ethniques ou sociaux jugés indésirables. Mais il conviendra aussi de dépasser l’étude d’une relation limitée aux simples rapports de l’Allemagne à l’Europe et des pays de l’Europe du Nord-Ouest à l’Allemagne pour voir dans quelle mesure les stratégies commerciales allemandes ne sont pas seulement européennes mais déjà mondiales. On peut espérer que des enseignants-chercheurs venant de l’Université de Valenciennes viendront enrichir nos travaux dans ce domaine particulier. De même une place doit être faite aux recherches sur les pays du Benelux qui peuvent à juste titre apparaître comme une sorte de maillon entre l’Allemagne et la France

Une recherche fédératrice

Les recherches dans le cadre de cet axe sont susceptibles de fédérer les efforts des chercheurs travaillant à l’UFR d’Etudes germaniques et scandinaves de l’Université de Lille3 sur l’Allemagne contemporaine et sur les pays néerlandophones et scandinaves que leurs orientations soient plus proches de la filière LLCE ou de la filière LEA. Elles s’inscrivent dans la ligne des préoccupations scientifiques formulées par l’axe de recherche consacré à l’Europe au sein de la Maison européenne des sciences de l’homme et trouvent également leur place dans le programme Norface qui se propose de tracer « le portrait du migrant européen. »

Universités et institutions partenaires

Les contacts nécessaires à la réalisation de ces recherches existent avec l´IEP de Lille (Centre d’Etude de l’Europe du Nord-Ouest, Lille 2), l´Institut de science politique de l’Université de Münster en Allemagne, le Centre d´études franco-allemandes (CNRS) Marc Bloch de Berlin, l´Institut franco-allemand de Genshagen (Brandebourg), le nouveau Centre interdisciplinaire de recherches sur l´Allemagne (CIERA) à Paris, l´Institut français des relations internationales (IFRI) à Paris et plus particulièrement avec les chercheurs du Centre d’études des relations franco-allemandes (Cerfa), l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, la Société allemande de politique étrangère (DGAP, Berlin), l´Association pour la connaissance de l´Allemagne d´aujourd´hui (ACAA) qui édite la revue Allemagne d´aujourd´hui (Paris), l’Association pour la promotion des relations franco-germano-polonaises (Triangle de Weimar.) à Berlin, le Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne (CIRAC) domicilié à l’Université de Cergy-Pontoise, enfin avec le nouveau centre de recherche en sciences humaines de l’Université de Valenciennes, en cours d’habilitation.

Ancien axe 7. Grande Bretagne & Commonwealth (programme 2008 - 2013)

Etudes britanniques Identités nationales, citoyennetés post-coloniales, cultures politiques

PNG - 97.7 ko

Dans le cadre du prochain quadriennal, les objectifs des chercheurs spécialisés en Etudes britanniques sont structurés selon les trois thématiques délimitées dans l’intitulé de l’axe qui s’inscrit pleinement dans la problématique globale de l’équipe CECILLE : « Territoires, migrations, modèles culturels ».

Identités nationales

En premier lieu, nos travaux relatifs à la question des identités nationales se poursuivront dans la continuité du colloque international organisé en 2004 sur le thème « Angleterre ou Albion, entre fascination et répulsion – De la Grande exposition au Dôme du millénaire 1851-2000 » dont les actes ont été publiés : Gilbert Millat (dir.) Angleterre ou Albion, entre fascination et répulsion - De l’Exposition universelle au Dôme du millénaire, 1851-2000, Collection UL3, Presses de l’Université Charles-de-Gaulle - Lille 3, 2006, 266 p.

Depuis les ultimes décennies du XXe siècle, les recherches sur la nation et le nationalisme puis sur l’identité nationale se sont multipliées. Initialement axées sur les siècles antérieurs, elle se sont progressivement préoccupées de périodes plus récentes, voire d’histoire immédiate. Un nouveau champ de l’histoire culturelle héritière de l’histoire des mentalités s’ouvrait ainsi dans un contexte post-colonial mais aussi marqué par la corrosion du national sous l’effet du supranational et de l’infranational dont furent notamment frappés les anciens État-nations.

Une ancienne puissance impériale telle que la Grande-Bretagne subit successivement la décolonisation et l’intégration à la CEE sur toile de fond d’assujettissement croissant à la superpuissance américaine. Dans le même temps, le royaume menaçait de se désunir en raison de la montée en puissance des nationalismes gallois et écossais. Le concept de « britannité » (Britishness) se voyait promis à la reformulation sinon à l’obsolescence. Apparu au début du XVIIIe siècle, il s’était consolidé au fur et à mesure que l’Empire britannique se développait. A partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dont elle représente la dernière affirmation massive, cette appartenance identitaire se délite. Ses piliers traditionnels (protestantisme, empire, monarchie) s’effondrent en effet successivement même si la persistance de certains lieux de mémoire garantissent la pérennité apparente du royaume. En conséquence, les identités que l’on disait « régionales » acquièrent une vocation nationale. D’autant plus que l’immigration massive en provenance du Commonwealth conduit la Grande-Bretagne à s’engager sur la voie du multiculturalisme comme alternative à une impossible assimilation de ses ressortissants originaires des anciennes colonies. Le débat sur l’identité nationale se complique donc d’une dimension ethnique. En outre, on ne saurait faire abstraction des interrogations relatives à l’évolution des citoyennetés post-coloniales, à la fois s’agissant du statut des ressortissants des anciennes colonies britanniques désormais affiliées au Commonweath, mais aussi des modalités d’intégration des membres des diverses communautés qui composent le Royaume-Uni actuel.

Nos recherches sur ce thème s’appuient non seulement sur les acquis des travaux des historiens et politistes britanniques de Benedict Anderson et Eric Hobsbawm à Robert Colls et Krishan Kumar, mais aussi les avancées que proposent les spécialistes d’histoire culturelle Raphael Samuel, Peter Mandler, Jeffrey Richards, Anthony Smith, Paul Ward et Richard Weight. Suivant l’exemple de Linda Colley nous nous attachons également à la dimension iconographique de l’émergence et de la métamorphose de l’identité nationale, en particulier à travers l’étude d’un média central dans la tradition graphique britannique à savoir le dessin d’actualité (cartoon). Cet hybride de signes iconiques et de signes linguistiques justiciable d’un double décryptage sémiologique et historique se caractérise également par sa propension à l’intertextualité. A ce titre, il constitue un creuset de la mémoire visuelle nationale des Britanniques qu’il contribue à forger, mais aussi à vulgariser. La pérennisation d’institutions telles que la British Cartoon Archive permettent de disposer d’un fonds documentaire considérable accessible en ligne qui rend possible l’ouverture de chantiers prometteurs dès lors qu’une certaine cohérence méthodologique sera mise en oeuvre.

Les citoyennetés post-coloniales

En second lieu, notre groupe comprend des chercheurs qui se sont spécialisés dans l’étude des cultures politiques au sens où on l’entend ci-après. L’accent sera mis sur l’analyse des mouvements politiques dans les diverses aires linguistiques et périodes chronologiques couvertes par les chercheurs de CECILLE, et plus globalement, par les équipes de recherche lilloises. L’analyse par le biais de la culture politique s’inscrit dans la suite des travaux d’historiens du politique tels que Jon Lawrence, James Vernon et Duncan Tanner. L’approche théorique dans laquelle s’inscrivent ces historiens consiste à recentrer l’histoire politique en direction d’une histoire sociale du politique. Leur démarche consiste à considérer la dynamique de construction des identités partisanes, au niveau local comme au sein des instances nationales des partis et mouvements politiques. Centrée sur les notions de popular politics et de culture politique, leur méthode privilégie l’analyse des modes d’appropriation du phénomène partisan et tend à souligner le caractère problématique de l’articulation des identités partisanes dans le contexte de mobilisation au niveau local. Le cadre théorique dans lequel s’inscrit cette thématique de recherche est d’ordre constructiviste. Il s’agit, suite à la critique du déterminisme marxiste effectuée par E. P. Thompson, de prolonger la réflexion de la nouvelle histoire politique britannique sur l’importance de la notion d’agency. Ce concept permet de recentrer l’approche historique du phénomène partisan autour du rôle activement joué par les divers acteurs politiques (élus, permanents, militants, simples électeurs) dans l’élaboration d’identités collectives, qu’elles soient de nature locale, sociale ou sexuelle.

Les sources qui seront prioritairement étudiées comprendront les publications spécifiques aux partis et mouvement politiques ( presse des partis, en particulier presse spécifique aux sections féminines et ouvrières des partis, ou pour la période plus contemporaine, matériau documentaire spécifique aux organisations propres à certains groupes ethniques précis ; brochures politiques ; affiches électorales ; archives de sections locales, en particulier documents d’archives relatifs aux agents électoraux ) ainsi que les archives d’institutions telles que les écoles des partis, instances cruciales en termes de constitution et de diffusion d’une culture partisane spécifique à un milieu politique donné. Le cadre chronologique envisagé sera centré sur la période charnière de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et de la première moitié du vingtième siècle, car cette période correspond, dans la plupart des systèmes politiques occidentaux, au processus d’émergence des clivages partisans actuels d’une part et d’institutionnalisation des partis, d’autre part, c’est-à-dire à la légitimation, progressive et partielle selon les pays, de partis pérennes et dotés de structures nationales. C’est à ce titre que la dimension comparatiste de cette problématique apparaît fertile : la question sous-jacente est d’étudier comment les formes de mobilisation politique et d’identification partisane se sont affirmées au cours de la période selon des modalités et des clivages idéologiques variables selon les contextes nationaux. On n’exclut pas pour autant d’orienter les recherches vers des périodes antérieures ou plus contemporaines, comme en atteste le projet de colloque comparatiste évoqué plus bas, qui porte sur l’ensemble du vingtième siècle.

Etude des cultures politiques

Cette triple visée se caractérise par de fortes synergies en termes d’outillage conceptuel, mais aussi d’ancrage dans les champs de l’histoire culturelle, des cultural studies et de l’histoire politique. L’équation nationale qui s’exprime au travers de la revendication identitaire, de la définition de la citoyenneté et de l’enracinement des institutions politiques constitue l’un de nos points de convergence majeurs. S’agissant de nos sources, nous partageons notamment une curiosité marquée pour l’iconographie et les médias. Enfin, le centre de gravité chronologique de nos travaux se situe au XXe siècle.

Universités et institutions partenaires

1. En France

Caen – Renée Dickason, professeure de civilisation britannique (EA 2610) Rouen – Antoine Capet, professeur de civilisation britannique (CORPUS) Tours – Trevor Harris, professeur de civilisation britannique (GRAAT) Paris 3 – Emmanuelle Avril, professeure de civilisation britannique (CREC)

2. Au Royaume-Uni et dans les États membres du Commonwealth

British Cartoon Archive, University of Kent at Canterbury – Dr Nicholas Hiley University of West England (Bristol) – Dr Kent Fedorowich School of History – University of Leeds – Professor Andrew Thompson Ferguson Research Centre (Open University Bristol) – Dr Sandip Hazareesingh The University of Birmingham, Centre de recherches MOSAIC