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Colloque « George Orwell, une conscience politique du XXème siècle » Automne 2010

Soixante années après la mort de l’auteur britannique et au-delà de la simple commémoration, se posera la question de l’héritage orwellien.

En effet, bien que souvent considéré comme mineur par un certain nombre de spécialistes de littérature, la figure d’Orwell est toujours invoquée, convoquée, célébrée, parfois de façon abusive. Cela tient en partie au fait que des mots ou expressions comme novlangue ou « big brother » font florès dans le discours médiatique. En outre, comme l’indique l’ambiguïté d’un auteur se présentant volontiers comme « anarchiste tory » , Orwell représente à la fois la figure emblématique de l’intellectuel de gauche, symbolisée par l’engagement dans la guerre d’Espagne, mais aussi l’auteur régulièrement brandi par gauchistes repentis ou bien auteurs libéraux (au sens anglais de liberal) posant un regard acerbe sur certaines dérives propres aux gauches actuelles. Le dernier essai de Nick Cohen, What’s Left, How Liberals Lost Their Way (Londres, Fourth Estate, 2007) est assez exemplaire de ce type de discours. Cependant, la figure d’Orwell en tant que « conscience de gauche » hante une assez grande partie de l’ouvrage. Il semble donc y avoir un « mythe Orwell » dont le colloque tentera de décrire la portée et les limites. Le colloque espère combler un manque en France où, même si l’engouement pour les écrits d’Orwell est bien réel, force est de reconnaître qu’hormis la biographie de Bernard Crick (ré-éditée chez Climats / Flammarion en 2003) et les courts essais de Jean-Claude Michéa et Simon Leys, la réflexion sur la pensée orwellienne demeure malheureusement bien mince. Cette manifestation est ancrée dans le champ de la civilisation britannique, mais il est impossible de ne pas aborder nombre de grandes problématiques universelles qui traversent les écrits orwelliens, qu’inspirait une actualité internationale dominée par la montée des périls fascistes, la perte d’influence des grandes puissances coloniales, enfin la marche forcée vers le deuxième conflit mondial. Les axes qui seront sans doute retenus pour ce colloque sont : la conscience de classe en Grande-Bretagne et ailleurs, le colonialisme, le socialisme et la critique « conservatrice » du socialisme marxiste que fait Orwell , le fascisme, la réflexion sur ce que l’on n’appelait pas encore « les médias », les conditions d’émergence d’une société décente fondée sur ce qu’Orwell appelait common decency , l’identité nationale anglaise ou britannique, le travail sur la langue à l’aide de recours euphémistiques et l’émergence de la novlangue propre à la « communication » (lui-même désormais préféré à « propagande »), dont les modes opératoires sont déjà dépeints avec minutie dans le roman 1984. Une publication des actes est prévue pour 2010.

Le comité scientifique de ce colloque sera composé de : Robert Colls (University of Leicester), Keith Dixon (Lyon II), Olivier Esteves (Lille III), Gilbert Millat (Lille III), John Newsinger (Bath Spa University College), Philippe Vervaecke (Lille III).

En amont du colloque, des journées d’étude seront organisées. A cette occasion, des conférenciers seront invités.