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Ancien axe 7. Grande Bretagne & Commonwealth (programme 2008 - 2013)

Etudes britanniques Identités nationales, citoyennetés post-coloniales, cultures politiques

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Dans le cadre du prochain quadriennal, les objectifs des chercheurs spécialisés en Etudes britanniques sont structurés selon les trois thématiques délimitées dans l’intitulé de l’axe qui s’inscrit pleinement dans la problématique globale de l’équipe CECILLE : « Territoires, migrations, modèles culturels ».

Identités nationales

En premier lieu, nos travaux relatifs à la question des identités nationales se poursuivront dans la continuité du colloque international organisé en 2004 sur le thème « Angleterre ou Albion, entre fascination et répulsion – De la Grande exposition au Dôme du millénaire 1851-2000 » dont les actes ont été publiés : Gilbert Millat (dir.) Angleterre ou Albion, entre fascination et répulsion - De l’Exposition universelle au Dôme du millénaire, 1851-2000, Collection UL3, Presses de l’Université Charles-de-Gaulle - Lille 3, 2006, 266 p.

Depuis les ultimes décennies du XXe siècle, les recherches sur la nation et le nationalisme puis sur l’identité nationale se sont multipliées. Initialement axées sur les siècles antérieurs, elle se sont progressivement préoccupées de périodes plus récentes, voire d’histoire immédiate. Un nouveau champ de l’histoire culturelle héritière de l’histoire des mentalités s’ouvrait ainsi dans un contexte post-colonial mais aussi marqué par la corrosion du national sous l’effet du supranational et de l’infranational dont furent notamment frappés les anciens État-nations.

Une ancienne puissance impériale telle que la Grande-Bretagne subit successivement la décolonisation et l’intégration à la CEE sur toile de fond d’assujettissement croissant à la superpuissance américaine. Dans le même temps, le royaume menaçait de se désunir en raison de la montée en puissance des nationalismes gallois et écossais. Le concept de « britannité » (Britishness) se voyait promis à la reformulation sinon à l’obsolescence. Apparu au début du XVIIIe siècle, il s’était consolidé au fur et à mesure que l’Empire britannique se développait. A partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dont elle représente la dernière affirmation massive, cette appartenance identitaire se délite. Ses piliers traditionnels (protestantisme, empire, monarchie) s’effondrent en effet successivement même si la persistance de certains lieux de mémoire garantissent la pérennité apparente du royaume. En conséquence, les identités que l’on disait « régionales » acquièrent une vocation nationale. D’autant plus que l’immigration massive en provenance du Commonwealth conduit la Grande-Bretagne à s’engager sur la voie du multiculturalisme comme alternative à une impossible assimilation de ses ressortissants originaires des anciennes colonies. Le débat sur l’identité nationale se complique donc d’une dimension ethnique. En outre, on ne saurait faire abstraction des interrogations relatives à l’évolution des citoyennetés post-coloniales, à la fois s’agissant du statut des ressortissants des anciennes colonies britanniques désormais affiliées au Commonweath, mais aussi des modalités d’intégration des membres des diverses communautés qui composent le Royaume-Uni actuel.

Nos recherches sur ce thème s’appuient non seulement sur les acquis des travaux des historiens et politistes britanniques de Benedict Anderson et Eric Hobsbawm à Robert Colls et Krishan Kumar, mais aussi les avancées que proposent les spécialistes d’histoire culturelle Raphael Samuel, Peter Mandler, Jeffrey Richards, Anthony Smith, Paul Ward et Richard Weight. Suivant l’exemple de Linda Colley nous nous attachons également à la dimension iconographique de l’émergence et de la métamorphose de l’identité nationale, en particulier à travers l’étude d’un média central dans la tradition graphique britannique à savoir le dessin d’actualité (cartoon). Cet hybride de signes iconiques et de signes linguistiques justiciable d’un double décryptage sémiologique et historique se caractérise également par sa propension à l’intertextualité. A ce titre, il constitue un creuset de la mémoire visuelle nationale des Britanniques qu’il contribue à forger, mais aussi à vulgariser. La pérennisation d’institutions telles que la British Cartoon Archive permettent de disposer d’un fonds documentaire considérable accessible en ligne qui rend possible l’ouverture de chantiers prometteurs dès lors qu’une certaine cohérence méthodologique sera mise en oeuvre.

Les citoyennetés post-coloniales

En second lieu, notre groupe comprend des chercheurs qui se sont spécialisés dans l’étude des cultures politiques au sens où on l’entend ci-après. L’accent sera mis sur l’analyse des mouvements politiques dans les diverses aires linguistiques et périodes chronologiques couvertes par les chercheurs de CECILLE, et plus globalement, par les équipes de recherche lilloises. L’analyse par le biais de la culture politique s’inscrit dans la suite des travaux d’historiens du politique tels que Jon Lawrence, James Vernon et Duncan Tanner. L’approche théorique dans laquelle s’inscrivent ces historiens consiste à recentrer l’histoire politique en direction d’une histoire sociale du politique. Leur démarche consiste à considérer la dynamique de construction des identités partisanes, au niveau local comme au sein des instances nationales des partis et mouvements politiques. Centrée sur les notions de popular politics et de culture politique, leur méthode privilégie l’analyse des modes d’appropriation du phénomène partisan et tend à souligner le caractère problématique de l’articulation des identités partisanes dans le contexte de mobilisation au niveau local. Le cadre théorique dans lequel s’inscrit cette thématique de recherche est d’ordre constructiviste. Il s’agit, suite à la critique du déterminisme marxiste effectuée par E. P. Thompson, de prolonger la réflexion de la nouvelle histoire politique britannique sur l’importance de la notion d’agency. Ce concept permet de recentrer l’approche historique du phénomène partisan autour du rôle activement joué par les divers acteurs politiques (élus, permanents, militants, simples électeurs) dans l’élaboration d’identités collectives, qu’elles soient de nature locale, sociale ou sexuelle.

Les sources qui seront prioritairement étudiées comprendront les publications spécifiques aux partis et mouvement politiques ( presse des partis, en particulier presse spécifique aux sections féminines et ouvrières des partis, ou pour la période plus contemporaine, matériau documentaire spécifique aux organisations propres à certains groupes ethniques précis ; brochures politiques ; affiches électorales ; archives de sections locales, en particulier documents d’archives relatifs aux agents électoraux ) ainsi que les archives d’institutions telles que les écoles des partis, instances cruciales en termes de constitution et de diffusion d’une culture partisane spécifique à un milieu politique donné. Le cadre chronologique envisagé sera centré sur la période charnière de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et de la première moitié du vingtième siècle, car cette période correspond, dans la plupart des systèmes politiques occidentaux, au processus d’émergence des clivages partisans actuels d’une part et d’institutionnalisation des partis, d’autre part, c’est-à-dire à la légitimation, progressive et partielle selon les pays, de partis pérennes et dotés de structures nationales. C’est à ce titre que la dimension comparatiste de cette problématique apparaît fertile : la question sous-jacente est d’étudier comment les formes de mobilisation politique et d’identification partisane se sont affirmées au cours de la période selon des modalités et des clivages idéologiques variables selon les contextes nationaux. On n’exclut pas pour autant d’orienter les recherches vers des périodes antérieures ou plus contemporaines, comme en atteste le projet de colloque comparatiste évoqué plus bas, qui porte sur l’ensemble du vingtième siècle.

Etude des cultures politiques

Cette triple visée se caractérise par de fortes synergies en termes d’outillage conceptuel, mais aussi d’ancrage dans les champs de l’histoire culturelle, des cultural studies et de l’histoire politique. L’équation nationale qui s’exprime au travers de la revendication identitaire, de la définition de la citoyenneté et de l’enracinement des institutions politiques constitue l’un de nos points de convergence majeurs. S’agissant de nos sources, nous partageons notamment une curiosité marquée pour l’iconographie et les médias. Enfin, le centre de gravité chronologique de nos travaux se situe au XXe siècle.

Universités et institutions partenaires

1. En France

Caen – Renée Dickason, professeure de civilisation britannique (EA 2610) Rouen – Antoine Capet, professeur de civilisation britannique (CORPUS) Tours – Trevor Harris, professeur de civilisation britannique (GRAAT) Paris 3 – Emmanuelle Avril, professeure de civilisation britannique (CREC)

2. Au Royaume-Uni et dans les États membres du Commonwealth

British Cartoon Archive, University of Kent at Canterbury – Dr Nicholas Hiley University of West England (Bristol) – Dr Kent Fedorowich School of History – University of Leeds – Professor Andrew Thompson Ferguson Research Centre (Open University Bristol) – Dr Sandip Hazareesingh The University of Birmingham, Centre de recherches MOSAIC