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Traduction et médiation
Responsable(s) : ANTOINE Fabrice, JENN Ronald

Traduction et Médiation : Études sur le Lexique et la Traduction

L’axe traduction s’inscrit de façon presque naturelle dans la perspective interculturelle qui est celle du laboratoire puisqu’il fédère des membres issus d’aires linguistiques et culturelles différentes qui s’intéressent à l’échange, aux passages des frontières et à la construction commune, dans la différence, de divers objets matériels ou symboliques. Les solidarités mobilisées par ces constructions, sans que les tensions qui les accompagnent soient négligées, doivent nécessairement être prises en compte mais ce sont surtout les phénomènes liés à la créativité qui vont être au centre de l’attention des chercheurs de l’axe 4.

L’axe 4 se propose de poursuivre sa participation à la formation à et par la recherche, de s’inscrire dans le projet d’établissement « Travail et création » et de rayonner sur le plan international. L’idée de « Travail et création » est centrale et sous-tend les travaux. En effet, l’axe 4 s’intéresse à la fois au devenir et à l’évolution de la traduction et des pratiques traductives tout en tenant compte de la dimension historique par l’étude des traducteurs et de la traduction du passé. Ainsi, la figure d’Auguste Lacaussade, traducteur du XIXe siècle, fera l’objet d’une collaboration avec l’Université de Wrocław (Pologne), le Centre de Recherches et d’Etudes sur les Sociétés de l’Océan Indien (Université de La Réunion) et Paris 3 (laboratoire PRISMES). Il s’agit de répondre à la question : Quels étaient les outils et le travail de traducteur par le passé ? Mais dans le même temps, la dimension prospective ne sera pas négligée, et il s’agira de s’interroger sur la façon dont il est possible de développer des outils permettant de mieux traduire ou de mieux comprendre le métier de traducteur aujourd’hui et demain. Ce sera l’objet du Séminaire de l’Ecole Doctorale (1er semestre 2014) qui se propose de réfléchir sur le lien entre travail et création. Il s’agit de proposer un modèle de travail créatif inter-linguistique qui parle d’élargissements, extensions, évolutions, multi-dimensionnalités…, plutôt que de copies, remplacements, recréations, emprunts. En effet, les nouvelles technologies de communication, publication et travail collectif exigent un renouvellement des théories traductologiques par rapport à la création dans le contexte des intertextualités plurilingues et transculturelles de plus en plus ‘présentes’ et ‘synthétiques’.

Programme du contrat 2008 - 2013

Couverture de Les Aventures de Huck Finn 1886 {JPEG}Cet axe a vingt ans d’expérience dans le domaine de la recherche sur la traduction et bénéficie d’un rayonnement local et national. Il marque la présence nécessaire de l’Université Lille 3 dans le champ de la recherche en traduction/traductologie comme dans celui qui lui est lié par bien des aspects, de la lexicologie et de la lexicographie, en particulier bilingue, de langue générale comme spécialisée. Cette présence est ancienne puisque les chercheurs de ces champs travaillent ensemble depuis une vingtaine d’années, et s’inscrivent dans le paysage français de la recherche en traduction depuis plus de dix ans, notamment par le biais de leur journée d’étude annuelle (dont les actes sont systématiquement publiés et largement diffusés, en France et à l’étranger) et aussi par les contacts noués avec d’autres centres comme le CERTA de l’Université d’Artois ou le TRACT de Paris 3.

A l’horizon d’autres langues

Ces chercheurs ont pour ambition de fédérer, au delà du couple de langues anglais-français, les chercheurs traducteurs de diverses langues, de divers genres (poésie, théâtre, cinéma, fiction en prose, langues de spécialité) ainsi que les traductologues, lexicologues, lexicographes et métalexicographes, de leur permettre de confronter leurs pratiques et leurs interrogations, leurs stratégies et leurs réflexions sur leurs couples de langues de travail, de mener de fructueuses comparaisons entre eux et de compléter plus aisément leurs recherches par l’apport de spécialistes de champs connexes. Il s’agit ici d’envisager l’activité traduisante par le biais de la pratique comme par celui de la théorie et de mettre en place un lieu d’échange entre traducteurs de toutes langues, universitaires ou professionnels, enrichi par les liens déjà établis par chacun avec des praticiens ou chercheurs et spécialistes de la traduction ou du lexique d’autres universités, d’autres pays, d’autres lieux. A cette fin, une fédération annuelle sous forme de journée d’étude ou colloque reste envisagée, avec aussi l’organisation d’une « journée saint Jérôme », de conférences et activités autour de la traduction et pour elle.

1. Frontières et modèles culturels

La traduction est bien un acteur essentiel des migrations et de la médiation entre modèles culturels même si elle est marquée par un effet d’invisibilité imposé autant de l’extérieur que de l’intérieur par ses agents et acteurs (Lawrence Venuti). Les notions de fidélité et de transparence (avec leurs connotations morales) ainsi que l’idée platonicienne d’un modèle idéal ne pouvant être égalé, constituent, sous couvert d’éthique, des entraves à la bonne compréhension des textes traduits. Le dictionnaire, ce livre anodin et perçu comme allant de soi, est peut-être l’exemple le plus parlant de cette transparence apparente qui fixe les clichés au nom du prêt-à-traduire. Comprendre la traduction, c’est comprendre comment est élaboré ce qui est perçu comme son outil premier (Fabrice Antoine), d’où l’importance de la lexicologie, lexicographie. L’histoire de la traduction est aussi celle de lexicologues et de compilateurs de dictionnaires (Etienne Dolet). Historiquement, ce sont les migrants, et entre la France et la Grande-Bretagne, les émigrés, qui ont joué ce rôle de passeur. C’est dire l’influence des paramètres politiques, religieux voire militaires sur le trafic des langues. En effet, pas de migrations, d’exploration de nouveaux territoires ou même de conquête sans interprètes par exemple. Si les migrants, les exilés, les prisonniers parfois, ou les personnes placées dans le but d’acquérir la langue de l’autre ont longtemps monopolisé le commerce des langues, l’heure est à professionnalisation, à la spécialisation et à une éthique du traduire (Antoine Berman, Anthony Pym). Les textes littéraires et paralittéraires (car la traduction prend le pouls de la réalité des échanges) issus d’un territoire donné, franchissent les frontières par le biais de la traduction qui participe ainsi d’un patrimoine occidental et mondial.

2. La traduction, cet « entre-deux »

Par bien des aspects, la traduction est elle-même cet « entre-deux territoires », cet « entre-deux Etats » même s’il faut se garder du « tout traduction » (George Steiner) qui étouffe son objet en l’étreignant. Dès lors, il importe d’en comprendre les mécanismes et le fonctionnement. L’héritage du structuralisme dont la manifestation la plus vive et la plus précieuse réside dans la Stylistique Comparée des langues (Darbelnet et Vinay) fournit des outils sans cesse enrichis (Michel Ballard) permettant d’analyser les mécanismes du texte en traduction, de nommer les phénomènes. Cette nomenclature, utile mais parfois désuète, s’est trouvée complétée par des approches apportant un éclairage sociologique et culturel à la traduction. La sociologie de la traduction (Jean-Marc Gouanvic s’appuyant sur Pierre Bourdieu) a mis en lumière le rôle de l’agent, du champ et des phénomènes de consécration qui accompagnent la circulation de tous les biens symboliques. L’héritage hégémonique de l’Ouest vole en éclat sous les coups de boutoir des études post-coloniales qui mettent à nu les mécanismes de domination dont la traduction, cet échange longtemps resté inégal entre nord et sud, n’a pas été le moindre des outils. Encore que des travaux récents sur la traduction de la littérature irlandaise démontrent que les phénomènes de domination masqués par la traduction ne touchent pas que des contrées extra-européennes (Maria Tymozcko). Ce sont ces courants qui sont à même de faire évoluer nos cadres d’analyse par le décentrement des perspectives et des points de vue sur les pratiques sociales et esthétiques, les représentations, les discours traduits et les discours sur la traduction.

3. Frontières intérieures et métissage

Si l’on a tendance à percevoir la traduction comme échange entre Etats-Nations, on méconnaît les effets de la migration des textes sur les frontières intérieures. La traduction est, et a été, un instrument de domination entre groupes éloignés dans l’espace mais elle a également permis d’asseoir des régimes, de conforter des positions, d’assurer la pérennité des influences ou bien elle a été révolutionnaire. C’est ce que fait apparaître l’étude du traduire au 19ème siècle. Débarrassé des jugements de valeur portant sur des notions de qualités assez récentes, la traductologie permet aujourd’hui d’aborder tous les textes traduits en terme de modèle réels ou imaginaires, de hiérarchies à rejeter ou à adopter. La traduction est bel et bien métissée, si, pour reprendre le texte de cadrage, on entend par ce terme non « une osmose harmonisée » mais un phénomène qui « puise son énergie dans son nomadisme et son inconstance même. » Sur le plan diachronique, c’est le phénomène de retraduction qui veut que chaque génération convoque à nouveau les classiques pour les réinterpréter et les réécrire qui témoigne de ce nomadisme.

Rayonnement international

L’axe traduction du Cecille s’ouvre naturellement à l’international. L’intégration au réseau « La traduction comme moyen de communication interculturel », partenariat entre Wroclaw, Cracovie et Lille 3 a permis et va permettre le déplacement d’enseignants chercheurs avec des retombées pour les étudiants au niveau Licence et Master. (Ronald Jenn à Cracovie – octobre 2007 ; conférences du professeur Jerzy Brzozowski suivies par des étudiants de M1 février 2008 ; venue de Natalia Paprocka à Lille avec intervention en Master et cycle de conférences projetées à Wroclaw pour Ronald Jenn ; développement des liens avec l’université roumaine de Timisoara (Prof. Pârlog). Ces échanges participent d’une construction de l’Europe et d’une meilleure compréhension des méthodes, enjeux et techniques inhérents à différentes aires culturelles et ils confortent évidemment l’indispensable adossement de la spécialisation professionnalisante de Master « Métiers du Lexique et de la Traduction (MéLexTra) » à la recherche.

Portfolio

Couverture de Les Aventures de Huck Finn 1886