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Programme du contrat 2008 - 2013

Objet

Fut créée, en 2002, une composante recherche sur l’émergence des voix / voies de femmes de la Renaissance au XXe siècle, à l’origine dans le monde anglo-saxon principalement puisqu’il relevait de l’EA 1763 ECLA (Équipe Cultures et Langues Anglo-Saxonnes). Cette composante de l’EA CECILLE travaille en harmonisation avec l’axe "Rapports sociaux de sexe" de la MSH Nord – Pas-de-Calais.

La prise de conscience, de plus en plus nette chez les femmes, de leur qualité de sujets auto¬nomes aptes à l’écriture les conduisit à emprunter des chemins de traverse afin de con¬tourner les interdits et les contraintes, de se forger une place dans une tradi¬tion littéraire do¬minée par les hommes et de faire en¬ten¬dre leurs voix.

Outils et corpus

  • Interdisciplinarité et comparatisme (pays anglophones et divers pays d’Europe).
  • Outils à la croisée de l’Histoire, de l’histoire des idées et des mentalités, de l’anthropologie, des scien¬ces sociales, de l’esthétique ainsi que de la littérature.
  • Exploration de corpus dits canoniques mais aussi, et surtout, de corpus très peu analysés car récem¬ment exhumés, encore difficiles d’accès et/ou ne relevant pas des genres littéraires dits traditionnels (bro¬chures polémi¬ques, traités reli¬gieux, littérature de controverse, épîtres, correspondances, traductions…).

Activités et manifestations

Organisation de journées d’études, dans une temporalité longue (2009-2012), qui pourraient trouver un aboutissement dans des publications ainsi que dans l’organisation d’un premier colloque international et pluridisciplinaire, les 17-19 juin 2010, puis d’une autre en juin 2012 ou 2013. Des chercheurs de CECILLE, d’ALITHILA (EA 1061, Lille 3) et d’IRHIS (UMR 8529, Lille 3) ainsi qu’une vingtaine de collègues d’autres universités (dont trois étrangères) ont déclaré leur volonté de participer à ces travaux. Des journées d’étude seront consacrées à chacun des aspects suivants :


Le rôle individuel

  • 1. Les traductrices d’une langue dans une autre ont joué un rôle important pour la diffusion des idées quoique bien souvent invisible (très actives en Russie et en Allemagne au XIXe siècles, par exemple). La traduction sera prise dans la double acception (celle qui existe en allemand) du terme, c’est-à-dire.
    • a) le transfert d’un texte dans une autre langue (journée d’étude sur les traductrices russes à l’U de Strasbourg)
    • b) la transmission (fidélité ? transgression ?) d’un héritage culturel, d’une tradition, etc. Dans ce second cas, ce serait la possibilité par exemple, pour les historien(ne)s des idées, de travailler sur un corpus peu connu et peu exploité qui est celui de la réception et de la transmission d’un héritage philosophique par les femmes (au-delà de Hannah Arendt déjà bien étudiée comme penseur / philosophe)
  • 2. Le rôle (direct ou indirect) des femmes dans la création : mécènes (dédicaces à des femmes mécènes, rôle de Marie de France dans la littérature anglo-normande), muses : cerner au plus près la définition qu’il faut donner à ce terme. La muse renvoie-t-elle obligatoirement à la voix ou la voie des femmes ? Ou se peut-il que, certaines fois, nous n’ayons affaire qu’à la création masculine ? La femme "parle-t-elle" à travers le discours ou l’œuvre qu’elle inspire à l’homme, ou se peut-il qu’il n’y ait que con¬struction ou fantasme masculin ?

Dans le domaine russe, les égéries sont nombreuses : les plus connues sont Lou-Andreas Salomé (projet de journée d’étude Lille 3-ENS)], Olga Picasso, Dina Vierny, Gala Dali, Elsa Triolet et il y a peu ou pas de travaux universitaires sur elles.

  • 3. Dialogues des cultures par œuvres interposées contemporaines (Nelly Sachs, Elsa Morante et Simone Weil) ou non (Belle van Zuylen, Mme de Staël…), avec des hommes comme avec des femmes (par exemple : "comment des œuvres se font écho dans un dialogue avec, par exemple, l’histoire du totalitarisme européen"), épistolarité.(Mary Delany-Rousseau…(projet de journée d’étude Lille 3-U de Brest]).
  • 4. Transmission de la culture :
    • a) rôle des femmes dans la promotion de l’enseignement des langues vivantes européennes, par opposition au latin, langue des clercs masculins.
    • b) les femmes au théâtre : les représentations des femmes au théâtre et le degré d’adéquation de ces représentations à la réalité ; les femmes auteurs (ou traductrices) de pièces de théâtre, les femmes actrices, conséquence directe en Angleterre de l’exil de Charles II sur le Continent (projet de journée d’étude Lille 3-Lyon 2)
    • c) leurs relations avec d’autres femmes et avec des hommes (par leur appartenance à des sociétés savantes et à des institutions/académies…)
    • d) travail de femmes biculturelles (Marina Warner [anglo-italienne], Michèle Roberts [anglo-française]…) sur des mythes féminins
  • 5. Les voyageuses

Nombre de femmes notamment de lettres et de romancières ont voyagé dans toute l’Europe, le plus souvent accompagnées de leurs époux, et ont laissé des traces de leurs échanges avec les sociétés étrangères dans lesquelles elles séjournaient.

    • a) De ce point de vue, après l’originalité du voyage de Lady Mary Wortley Montagu et de ses Turkish Letters, le parcours de Mary Wollstonecraft qui, pour être exceptionnel, n’est sûrement pas unique et qui l’a conduite en Irlande, au Portugal, en France, en Suède, etc., pays sur lesquels et dans lesquels elle a écrit abondamment. La vie de Mary Shelley offre aussi un exemple très frappant. Beaucoup d’autres, dont les vies n’ont pas été analysées sous cet angle, pourraient faire l’objet d’une étude suffisamment précise pour que l’on puisse dégager des lignes d’influence entre visiteuses et populations autochtones.
    • b) Considérer des parcours plus aventureux, notamment celui des domestiques qui accompagnent leurs maîtresses dans ces séjours à l’étranger et qui se lient nécessairement avec la population locale.
    • c) Représentations de la femme victorienne à la conquête du Continent : Le Continent est plus accessible (progrès techniques [Londres-Paris en 12 heures par le train et le "steam-packet"] ; développement des facilités bancaires et diplomatiques [Consular Act de 1825], l’amélioration de l’accueil hôtelier sur le Continent, développement du tourisme de masse, avènement des "Little Englands" sur sol étranger (dont la Côte d’Opale, lieu de refuge des amours illicites et, plus tard, l’internationale naturaliste), donc l’Europe devient une réalité plus tangible. L’esprit impérialiste puise dans les voyages transfrontaliers une deuxième vigueur. On s’interrogera sur la spécificité du voyage au féminin et sur la représentation artistique de la découverte de l’Autre, vu spécifiquement au féminin. Un aspect particulier serait du voyage au féminin serait le rôle du voyage de noces dans l’éveil d’une conscience transnationale. Les tensions et contradictions de l’époque seront examinées : clichés sur le Grand Tour revisités, nouvelle vision de la mondanité : découverte de terres d’inspiration nouvelles sur le Continent (question de l’orientalisme dans le contexte post-darwinien).

À la croisée de l’individuel et du collectif : le rôle des femmes dans le domaine politique de la construction européenne. On pourra partir de Marguerite de Valois (promise d’abord au roi Carlos du Portugal, puis au roi d’Espagne, elle connut les affres de la politique matrimoniale de sa mère Catherine de Médicis, qui voyait en sa fille le meilleur moyen d’une alliance transfrontalière). Elle alla dans le sud des Pays-Bas (Nord de la France et Belgique actuels) pour le compte de son frère cadet. L’analyse de cette position privilégiée dans la construction d’une Europe en devenir serait fructueuse.

Au XXe siècle, parcours de telle ou telle ou rôle des femmes dans les instances communautaires : commissions, Conseil de l’Europe...


Le rôle collectif

  • 1. Politique :
    • a) L’un des lieux de transfert potentiel, peu exploré, c’est l’existence d’une composante internationaliste dans le féminisme de la fin XIXe-début XXe siècles (coopération entre les mouvements suffragistes européens avant 1914). Voir l’influence du premier congrès féminin pan-russe de 1908.
    • b) Échanges entre les milieux impérialistes féminins en Grande-Bretagne, en Belgique et en France
    • c) Coopération entre les sections féminines des grands partis britanniques et leurs homologues fran¬çaises, belges et allemandes, et ce pas uniquement dans le cadre des partis de gauche, mais entre les par¬tis de droite européens.
    • d) Éléments de collaboration transfrontalière dans l’entre-deux-guerres entre les Women’s Institu¬tes, la League of Nations Union et les mouvements féminins internationalistes et pacifistes du Continent.
  • 2. Culturel :
    • a) Explorer l’effort de coopération, et donc d’échanges/transferts potentiels à l’occasion de la mobilisation des femmes dans des structures associatives à caractère philanthropique et/ou eugéniste, en particulier dans le cadre d’une réflexion/comparaison à l’échelle européenne des politiques sociales destinées à améliorer les condition de vie des populations féminines et enfantines.
    • b) la coopération des organisations féminines à caractère religieux (l’Église anglicane est dotée de telles structures, mais les autres obédiences protestantes le sont également) et leurs homologues protestantes et/ou catholiques françaises (là aussi dans l’entre-deux guerres).


Echanges et coopération

  • 1. Au niveau local
    • Approfondissement des contacts avec des collègues de CECILLE et au-delà en vue de réunions régulières qui pourraient mener à un séminaire (éventuellement ouvert aux doctorants des trois Écoles Doctorales SHS de la région) pour une inscription dans l’axe "rapports sociaux de sexe".
  • 2. Au niveau national
    • Actualisation de la convention qui fut signée en 2004 entre ECLA et Centre de recherches en Etudes féminines de Paris 8 (EA 354 dirigée par Mireille Calle-Gruber) liée à PPF Analytique de la différence sexuelle) – la convention s’est traduite par une coopération pour le colloque amazones et pour une journée à Paris 3 (18 juin) sur ce thème.

Une nouvelle signature est nécessaire en raison de la mutation à Paris 3 de Mireille Calle-Gruber ; son EA est devenue Centre de Recherches en Etudes Féminines et de Genres (quadriennal 2005-2008), liée à un Master "Études de genres. Études francophones" (programme "Centre de Recherches en Études féminines/Genres et littératures francophones" (UMR 7171 ; dir. Michel Collot). Inscription de CECILLE comme EA participant dans le projet d’ED "Ecritures de la différence sexuelles, Diversités culturelles" (ED multi-site à réseau européen).

    • Une coopération régulière a lieu avec la SIÉFAR (Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime).
  • 3. Au niveau international
    • Renforcer la coopération avec le Centre FERUlg (Liège) [Femmes, Enseignement, Recherche, U de Liège] qui s’est traduite par des collaborations en 2003, en 2005 et en 2007, et l’officialiser par la signature d’une convention.