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D’un bord à l’autre : enquête policière, révélation identitaire et stratégies discursives dans "Lo peor sucede al atardecer", roman mexicain d’Olivier Debroise, 1990

par RODRIGUEZ Antoine

Este artículo se publicô en Cathy FOUREZ et. al. (Ed.), 2011 Quand le délit est dans le texte, Le genre policier, une littérature de l’excès ?, Bruxelles : P.I.E., Peter Lang, pp. 67- 76. ISBN 978-90-5201-691-7.

(artîculo con notas en doc adjunto)

Para Jacqueline Covo, mi güerita consentida

Je pensais que le roman policier était le genre désigné ; il renferme toujours une énigme, une métaphore de la lutte (titanesque), indescriptible, entre ceux (les détectives) qui veulent comprendre le monde et un monde incroyable (Debroise, 1990 : 162)

A la fin des années 1980, dans un contexte socio-politique de crise, Olivier Debroise, reconnu au Mexique comme historien de l’art, écrit Lo peor sucede al atardecer [Le pire survient en fin de journée], un premier roman policier, audacieux et quelque peu déroutant. Entre conventions de la littérature policière, transgression des lois du genre, méta-fiction, parodie et quête d’identité, la construction narrative et discursive de ce roman place le lecteur dans un labyrinthe fictionnel dont le fil d’Ariane finit par se rompre ou, ce qui revient au même, se multiplier au point de rendre l’issue interprétative plus qu’incertaine. A une première partie limpide, écrite dans les règles de l’art, succède une deuxième qui vient rompre le programme narratif bien ordonné que semblait nous réserver le récit. Intégrant les modalités de construction littéraire postmoderne (Loisel, 2000), affichant la révélation décomplexée de relations homoérotiques et frayant avec le monde de la mode, du rock, de la drogue et du narcotrafic, Lo peor sucede al atardecer offre une réflexion sur un Mexique désaxé qui a du mal à trouver ses repères entre cosmopolitisme, valeurs traditionnelles et corruption.

En quête de genre : roman à énigme, roman noir, méta-fiction

Il n’est plus à démontrer que dans les années 1980 la postmodernité imprègne largement les bonnes œuvres policières -néo-policières pour être précis- écrites en occident et qu’il n’est pas de bon auteur, dont l’œuvre trouve à se positionner dans le champ littéraire, qui ne s’interroge sur la rénovation du genre, à la recherche de stratégies discursives capables de rendre compte d’ une vision de la réalité et de l’individu de plus en plus complexe, fragmentée, insaisissable et incohérente. Olivier Debroise ne déroge pas à cette règle et s’il est vrai que, comme l’affirme Jacques Dubois, “les grands textes de la littérature policière enfreignent les lois du genre” (Dubois, 1992), alors Lo peor sucede al atardecer est un grand texte de la littérature policière mexicaine. La construction diégétique en est une preuve. Le roman se compose de deux parties : « Fiel procedimiento » [Procédure conforme] et « Entonces, ¿de qué lado mastican las iguanas ? » [Alors, qui va l’emporter ?] . Tout commence comme dans un roman à énigme respectant les conventions du genre. Le cadavre d’un jeune homme assassiné est trouvé dans la baie d’Acapulco. La police de Mexico envoie le très sérieux et compétent inspecteur Mateo Osorio sur les lieux du crime. Une fois installé dans un luxueux hôtel, il débute son enquête, secondé par un jeune et rustre policier du coin. Seul élément à portée indicielle : le maillot de bain violet de la marque Santanaya que porte le cadavre. Mateo, mû par son intuition, décide d’aller rendre visite au styliste Santanaya qui habite, avec son jeune amant, une luxueuse maison d’Acapulco. De fil en aiguille, le détective se trouve confronté et mêlé au monde de la jet-set d’Acapulco et latéralement impliqué dans un réseau de trafic de drogue. Plus les jours passent et moins l’enquête avance : personne ne réclame le corps du jeune homme dont on ne sait rien et la mise en scène du suicide d’un autre jeune homme, qui se défenestre de la chambre de l’inspecteur, vient brouiller les maigres pistes de l’enquête. Pour couronner le tout, l’inspecteur est enlevé et disparaît du récit pendant un certain nombre de pages. La deuxième partie teinte le roman d’une coloration postmoderne et le fait tendre vers le roman noir. La figure de l’inspecteur, porté disparu et en échec, dont on apprendra qu’il est dépassé par la complexité de l’enquête, passe au second plan et semble être relayé par Eduardo Vera, journaliste de la jet-set, qui a suivi les pas et l’enquête de Mateo Osorio dans l’intention d’écrire un roman policier. A partir de ce moment, les réflexions autour de la construction du roman policier vont se multiplier :

Arrivé à un certain point du récit, le lecteur en sait plus que le détective (ou que le journaliste qui, dans les romans policiers modernes, remplace fréquemment l’habituel inspecteur ), il a toutes les cartes en main : s’il est un peu astucieux, il peut démêler les fils, éviter les fausses pistes et découvrir l’identité du criminel (ou des criminels) (Debroise, 1990 :109).

C’est avec ces réflexions du journaliste-auteur que débute la deuxième partie, laissant le lecteur dans une espèce de confusion, d’autant plus frustrante que l’enquête semble s’arrêter tandis que l’histoire se centre sur la rédaction du roman bancal d’Eduardo Vera. Au fur et à mesure que le récit avance, la structure bien ficelée de la première partie se déconstruit, notamment par l’insertion en italique des ébauches littéraires d’Eduardo Vera, par le déroulement d’une narration qui adopte le point de vue du journaliste et nous fait part de ses hésitations et par un deuxième récit racontant, sous des noms différents, l’idylle amoureuse de l’inspecteur et de son jeune amant. On en vient à soupçonner que la première partie est en fait le premier jet du roman que veut écrire le journaliste, qui, en panne d’inspiration, ne sait plus maintenant comment faire progresser son histoire :

L’histoire a filé entre mes doigts. Je n’y comprends plus rien. Pauvre Inspecteur Osorio : il avançait toujours avec précaution […] Il n’a aucune imagination. Il colle trop aux faits, cherche à appliquer des théories toutes faites qui ne correspondent jamais à la réalité. Il devrait lire plus de romans policiers. […] J’ai perdu mes personnages. Ils ont tous disparu, l’un après l’autre. A l’Acapulco Plaza, personne ne connaît Mateo Osorio. (Debroise, 1990 : 116).

Je croyais tenir les bases d’un bon roman, et me voici avec une trame incomplète et sans personnages. Comment le bon Mateo Osorio qui n’y comprend rien et vit dans les années 1930, ou pire dans les années 1950, peut-il faire le poids face à Benjamin Santanaya, le cerveau du crime, l’architecte du mal habillé en Chanel et Giorgo Armani ? Pauvre con. (Debroise, 1990 : 117)

Jouant avec les attentes du lecteur, la fin du roman policier, dont on se sait pas s’il est le fait du narrateur omniscient ou du journaliste Eduardo Vera, dévoile le nom du coupable et propose deux fins diamétralement opposées quant à leur contenu symbolique. L’apparition de ce journaliste-écrivain peut se lire d’ailleurs comme une stratégie meta-discursive dont la fonction serait, comme dans le théâtre brechtien, de créer une espèce de parasitage dans le déroulement narratif afin de dévier le lecteur de l’illusion référentielle et l’inciter à être partie prenante dans la construction du sens d’un roman qui raconte, de manière déséquilibrée, au moins quatre histoires : celle de l’enquête qui n’aboutit qu’en dernière minute, et presque par hasard, au dévoilement du coupable ; celle du crime, ellipsée également jusqu’à la fin ; celle, plus importante de la révélation identitaire du détective et finalement l’histoire de l’élaboration du roman policier qu’ Eduardo Vera essaie d’écrire. Complexe par sa construction narrative, Lo peor sucede al atardecer met également en œuvre une série de réseaux symboliques, suggérés, entre autres, par les titres même des chapitres qui superposent ironiquement et de manière iconoclaste chronologie et religiosité (« Quatrième jour », « Dimanche des rameaux », « Samedi Saint », « Jeudi du Corpus Christi », « Quelques semaines plus tard »). Le crime et l’enquête ont lieu pendant la longue période de Semaine Sainte et l’on sent bien que la mention des jours saints (passion du Christ, mort, résurrection) connote, dans une certaine mesure, le sens des événement et des trajectoires de certains personnages-clé comme le détective, le suspect et la victime. L’enquête policière s’arrête, comme nous l’avons déjà signalé, avec l’enlèvement de l’inspecteur, qui survient ironiquement le Dimanche des Rameaux. Sa réapparition diégétique a lieu dans le chapitre « Jeudi du Corpus Christi », sous un autre nom et dans des circonstances éloignées de l’enquête. L’allusion indirecte à un hypotexte religieux donne une dimension symbolique à l’enquête que mène le détective et celle-ci prend progressivement la tournure d’un parcours initiatique particulier dont nous allons rendre compte.

En quête d’identité : hétéro/homosexualité, résurrections et morts symboliques.

Qui est Mateo Osorio ? Apparemment un brillant criminaliste qui a fait ses études à la Royal Academy for Criminalistic de Brighton mais qui occupe un poste subalterne au Palais de justice de la ville de Mexico. Elégant, bien fait de sa personne, marié à une anglaise, il habite le quartier confortable de Periodistas [Journalistes ] et a un enfant de quatre ans. Une vie de classe moyenne tranquille et bien réglée. Dans son travail, c’est un modèle de droiture et d’honnêteté : il ne boit pas, ne fume pas et se comporte comme « un justicier au service du bien que tous considéraient à côté de la plaque » (Debroise, 1990 : 21). Il attend avec impatience que l’on reconnaisse ses compétences de criminaliste. Ce sera chose faite lorsque son supérieur lui confie l’enquête. Mateo Osorio est loin de se douter que son déplacement au port d’Acapulco va s’accompagner d’un autre déplacement émotionnel et qu’il sera confronté à la résolution d’une autre énigme, celle de son désir homoérotique latent. On est en présence, me semble-t-il, du premier roman policier où le détective change d’orientation sexuelle au cours de l’enquête. On connaît, bien sûr, des détectives homosexuel(le)s (Un anneau d’argent à l’oreille, 1982, de Tony Duvert ; les Mouettes volent bas, 1995, de Joseph Hansen ; Le festin de l’araignée, 1996, de Maud Tabachnik, par exemple) ou des détectives travestis (On a tué Bisou !, 2007, de Mehmet Murat Somer) mais pas de détective à la sexualité mouvante. La rencontre avec Daniel, le jeune amant de Santanaya, se fait au domicile de celui-ci, près de la piscine. Daniel est le chanteur de rock que Mateo est allé écouter la veille. Impressionné par la beauté et la virilité de l’inspecteur, le jeune homme va mettre en œuvre un stratagème de séduction en se faisant passer pour la victime du styliste. Il voudrait bien se séparer de lui, confie-t-il au détective, mais il craint des représailles. Il demande la protection de Mateo qui accepte. Quelques temps plus tard, le jeune homme est enlevé. Jusqu’à ce moment, le lecteur ne soupçonne pas que l’inspecteur puisse répondre aux avances indirectes du jeune homme car à maintes reprises Mateo a eu des propos homophobes avec son assistant. La rencontre sensuelle se concrétise dans la deuxième partie où, sans aucune transition, le récit rapporte plusieurs scènes d’amour entre les amants dont les noms ont changé (Mateo devient Martin et Daniel, Diego). C’est d’ailleurs le seul couple du roman dont on montre les pratiques sexuelles, l’une d’entre-elle mettant en scène une relation anale où l’inspecteur est celui qui est pénétré, transgressant de ce fait un stéréotype de virilité bien répandu dans la société mexicaine :

Diego en veut plus, toujours plus. Avec précaution, ses doigts s’approchent de l’orifice sombre caché dans les poils entremêlés. Martin leva la tête, le regarda par dessus son épaule, l’obligeant à se calmer. « Non », murmura-t-il d’un ton autoritaire. Diego se mit à rire et, sans crier gare, enfonça son index humide dans le canal étroit. Vaincu, Martin cacha sa tête dans l’oreiller. […] Lorsqu’il retrouva ses esprits, Martin injuria Diego. Il l’injuriait en le regardant s’enlever le préservatif qu’il allait jeter dans les toilettes. (Debroise, 1990 :132)

Avec le jeune homme, Mateo/Martin découvre enfin la pleine satisfaction de sa sexualité :

Martin compare les gestes, les mouvements, l’impétuosité de son jeune amant, aux réactions mécaniques de son épouse. Le corps pâle, fragile, qu’il adorait lui paraît maintenant insipide, revêche : il n’avait jamais pu se fondre aussi intimement, aussi étroitement, avec elle. Il croyait avoir atteint une harmonie certaine mais il se rend compte que ce fut un malentendu. Le souvenir de son ménage se dissout, comme noyé dans un océan de plaisirs d’une violence inimaginable. (Debroise, 1990 : 133)

Dans lo peor sucede al atardecer, on le voit, l’enquête fonctionne comme un parcours initiatique où l’inspecteur, coincé dans les conventions d’une société hétéronormée à laquelle il ne semble appartenir que par simulacre, fait tomber le masque de l’homme hétérosexuel qu’il n’est pas (ou qu’il n’est plus) pour donner libre cours à un véritable désir profondément enfoui. Mais choisir et assumer sa véritable subjectivité, lorsqu’elle est encore l’objet d’une stigmatisation sociale, ne peut se faire, dans le roman, qu’au prix d’un certain nombre de sacrifices : pour vivre son amour avec Daniel, Mateo inspecteur doit abandonner sa famille et renoncer à sa carrière juridique. Mateo de Mexico doit mourir pour que puisse naître Martin d’Acapulco, libéré d’un passé erroné : « Ah, Mateo, pense Martin, tu t’es trompé, la vie n’est pas ce que tu croyais, la vie n’est peut-être pas une lutte mais … […] La vie est peut-être un repos, une sieste sur la plage… » (Debroise, 1990 :143). Sacrifice, mort et résurrection diégétique trouvent une étonnante résonance dans les mentions religieuses relatives à la semaine sainte présente dans les titres des chapitres, mais il difficile d’en saisir le sens car on soupçonne que la superposition de l’histoire de Mateo avec celle de la passion du christ est à la fois symbolique, ludique et iconoclaste. La fin du roman nous réserve une surprise puisque elle propose deux solutions. Daniel/Diego, dans un élan de sincérité, finit par avouer à Mateo/Martin que le corps du jeune homme assassiné n’est autre que celui de Max, son frère. Max faisait partie d’un réseau de trafiquants de drogue dans lequel il avait impliqué Daniel lorsqu’ils vivaient en Colombie. Daniel avait réussi à en sortir en partant aux Etats-Unis mais, après quelques années, Max finit par retrouver sa trace à Acapulco. Pour se défaire du frère encombrant, Daniel décide de le tuer. C’est cette confession qui déclenche les deux fins racontées par le journaliste Eduardo Vera. Dans la première, aux accents mélodramatiques, Mateo/Martin décide de ne pas dénoncer l’être qu’il aime. Le crime reste impuni et l’ordre social est menacé puisque la justice est impuissante à le rétablir. Dans la deuxième, Mateo prend le téléphone et dénonce le coupable. Daniel, qui a entendu la conversation, se jette sur lui et il s’ensuit une lutte acharnée où les deux amants périssent. La double transgression –l’assassinat de Daniel et le non respect des codes de l’amour par l’inspecteur - semble condamnée par la mort. A moins qu’il ne s’agisse d’une fin romantique où la mort finit par réunir éternellement les deux amants. En quête de sens : structure narrative, structure sociétale et structure romanesque Nous l’avons vu, dans Lo peor sucede al atardecer, le lecteur assiste à la déstructuration de l’agencement narratif que programmait la première partie. Cette fragmentation du récit peut se lire comme une structure signifiante dont la fonction serait de rendre compte d’une société mouvante, qui est entrée dans la post-modernité : vision fragmentée de la réalité, remise en cause des sexualités figées et définitives, fin des récits linéaires à caractère réaliste. La déstructuration de l’agencement diégétique paraît révéler la déstructuration que connaît la société mexicaine des années 1980. Pour l’écrivain et chroniqueur José Agustín (Agustín, 2007), les années 1980, et particulièrement le sexennat de Miguel de la Madrid (1982-1988), représentent la période la plus sombre de l’histoire politique du Mexique : crise économique du début de la décennie, dévaluations, inflation galopante, appauvrissement de la classe moyenne et misère des classes populaires, recrudescence de la délinquance, développement du narcotrafic, développement du néolibéralisme, corruption politique et policière, etc. Il est difficile d’y voir clair tant les discours politiques sur la réalité sociale se multiplient, se contredisent et manipulent l’information. C’est l’ère du scepticisme. L’individu, quelle que soit sa classe d’appartenance, ne croit plus à un projet de société harmonieux. Corruption, mensonges et violence font bon ménage. Dans Lo peor sucede al atardecer, Acapulco agit comme l’espace symbolique de cette nouvelle société postmoderne, un espace déstructuré où se joue le drame des personnages, entre le sacré et le profane. C’est le lieu de la jet-set, des boites, des concerts de rock, du trafic de drogue, des plages paradisiaques et de la circulation des plaisirs. La capitale, quant à elle, représente le lieu de la tradition, véhiculée par l’inspecteur et sa famille. Bien sûr, la configuration des espaces dans le roman est ironique et fonctionne souvent par inversion. Le passage d’une ville à l’autre, de la tradition piégée dans ses conventions à la libération des sens, est assurée par Mateo Osorio, notre détective, qui ne sort pas indemne de son déplacement. Déplacé, Mateo Osorio, malgré une solide formation en Angleterre, n’a plus les outils nécessaires pour décoder cette nouvelle société émergente et déjouer les pièges qu’elle va lui tendre. Et le premier piège est celui de l’amour/désir. En tombant amoureux du jeune amant de Santanaya, Mateo Osorio manque à sa mission et se confronte à un dilemme final : soit il décide de taire l’assassinat perpétré par le jeune homme et il échoue dans sa mission (première fin), soit il le dénonce et c’est la mort qui l’attend (deuxième fin). Dans un cas comme dans l’autre, la figure du loser semble se profiler : en échec professionnel ou en échec amoureux. L’autre figure porteuse de l’idée d’échec, déplacée du côté de l’élaboration romanesque, est le jounarliste Eduardo Vera, dont le nom « vera » n’est pas sans évoquer la latéralité, celui qui reste sur le bord. Eduardo Vera trébuche à plusieurs reprises sur la construction de son roman : il doit cent fois sur son métier remettre son ouvrage et ne peut se décider pour l’une des deux fins possibles. A l’image de l’auteur, il n’est pas un spécialiste de littérature policière mais comme Olivier Debroise, il fait oeuvre de l’impossibilité d’échafauder un roman policier dans les règles conventionnelles du genre. Et c’est justement parce qu’il se situe en marge de la littérature policière, faisant de l’imperfection un jeu d’écriture, que Lo peor sucede al atardecer dépasse le récit strictement policier, voire les codes du roman néo-policier, posant de ce fait le problème de l’écriture romanesque à l’ère de la postmodernité. La préoccupation du roman semble se fixer à la fois sur la structure narrative, déconstruite comme nous l’avons montré, et sur la déstructuration de la société mexicaine contemporaine, offrant par ricochet une vision mouvante, quelque peu floue, où se superposent une multitude d’images et de codes qu’il est difficile de percevoir dans leur totalité et dont les enjeux sont impossibles à estimer. Lo peor sucede al atardecer présente finalement une réflexion pessimiste sur l’époque contemporaine où, malgré les apparences, malgré une illusoire libération des sens et de la sexualité, contre l’image d’une société de consommation heureuse, Thanatos semble l’emporter sur Eros.

Bibliographie

Agustín, José, Tragicomedia mexicana II, la vida en México de 1982 a 1994, México, Planeta, 2007, (première édition : 1998). Debroise, Olivier, Lo peor sucede al atardecer, Mexico, Cal y Arena, 1990. Dubois, Jacques, Le roman policier ou la modernité, Paris, Nathan, 1992. Fourez, Cathy, « Mexique », in Mesplède, Claude (coord), Dictionnaire des littératures policières, Tome.1 / Tome.2, Nouvelle Édition, Joseph K Éditeur, Collection Temps Noir, 2007 Loisel, Clary, « Lo peor sucede al atardecer de Olivier Debroise, como una novela antidetectivesca metaficcional », Escritos, Revista del Centro de Ciencias del Lenguaje Número 22, julio-diciembre de 2000, pp. 173-184. Mesplède, Claude (coord), Dictionnaire des littératures policières, Tome.1 / Tome.2, Nouvelle Édition, Joseph K Éditeur, Collection Temps Noir, 2007. Reuter, Yves, Le roman policier, Paris, Nathan Université, 1997.