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« Quand s’entrouvre et chancelle cette terre qui nous porte… » Sur quelques représentations mythiques et usages poétiques du tremblement de terre

Philippe Rousseau

Résumé

Afin de compléter l’étude de l’effet du séisme de 1755 sur les consciences et les discussions qui suivirent le désastre au Portugal et en Europe, Ph. Rousseau part du traité dans lequel Sénèque analyse les réactions des hommes devant ces catastrophes naturelles et s’applique à prémunir ses lecteurs contre la peur, si compréhensible, de ces événements redoutables, et à les mettre en garde contre les interprétations et les conduites irrationnelles que ceux-ci inspirent. Dans cette description de l’expérience mentale spontanée de la catastrophe, le stoïcien recourt à une image dont la première attestation remonte à la plus ancienne description d’un tremblement de terre dans la poésie occidentale, au début du chant XX de l’Iliade. Le choix de cette citation est délibéré. Sénèque relie par ce biais l’expérience de la conscience commune aux représentations qui donnent à cet ébranlement cosmique le sens d’un événement eschatologique – la manifestation surnaturelle d’un dessein divin et l’annonce de la fin du monde ou d’un âge du monde. Le déchaînement des forces telluriques a pu encore passer en 1755 pour l’effet de la colère divine et une préfiguration de la fin des temps comme, dans la théomachie iliadique, l’ébranlement du sol par Poséidon annonce, figurativement, la fin de l’âge des héros.

Mots-clés

catastrophe, événement eschatologique, Iliade, Sénèque, tremblement de terre de Lisbonne, 1755

Texte complet :



    Atlante : Revue d’études romanes                 ISSN 2426-394X                 atlante.secretariat@gmail.com